‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 164 sur 284 · LES SONNAILLES · texte numérisé non relu

LES SONNAILLES

Par les soirs fastueux des automnes mourantes. Quand le long des sentiers étroits je vais rêvant, J'ai plaisir d'écouter, apporté par le vent. Le doux tin-tin des clochettes chantantes.

Elles sonnent au cou des bœufs graves et lourds Qui, le travail fini, reviennent aux étables. Et leurs clairettes voix se mêlent, agréables, Aux raucités des mugissements sourds.

Et c'est un charme très pénétrant que d'entendre. Dans la pâle clarté qui doucement s'éteint, Les sonnailles de cuivre au carillon lointain Qui fait rêver de quelque idylle tendre.

Mais aux champs de l'azur, d'une invisible main La nuit en cheminant sème l'or des étoiles; L'horizon a couvert son front de légers voiles Tissés de pourpre et pailletés d'or fin.

Elle se tait, la cloche à la note menue; Le silence a levé son doigt mystérieux, Et la lune apparaît lentement dans les cieux : Un petit cri de grillon la salue.

ABBE JUSTIN BESSOU

Voici un poète simple dont l'œuvre a eu un juste retentissement, car elle traduit la vie quotidienne d'uue population attachée à ses mœurs, à ses coutumes et sensible à la beauté du terroir. Sa vie tient en quelques lignes, « Je suis issu, nous a-t-il dit, à Méjalanou (commune de Saiut-Salvadou, arrondissement de Villefranche-d'Aveyron), le 30 octobre 1845, d'une famille de paysans dont un ancêtre, mon bisaïeul, avait été avocat de campagne et qu'on appelait pour cela « aboucat de farieiros » (avocat de fougères). J'ai commencé à faire des chansons patoises, sans rime ni raison, à làge de treize ans. Le curé de ma paroisse natale me donna les premières leçons de latin et m'envoya au petit séminaire de Saint-Pierre, en classe de seconde. Après un court séjour au séminaire de la rue des Postes, à Paris (Missions étrangères), j'ai aclievé mes études au grand séminaire de Rodez. Ordonné prêtre en 1871, et placé comme missionnaire diocésain à Saiut-AlTrique, j'ai été par la suite vicaire à Saint-Geniez-d'Olt et à Marcillac, curé de Lebous, prés Réquista, et pendant vingt et une années curé de Saint-Andrëde-Najac, arrondissement de Villefranche, Je vis retiré à Rodez, en qualité de chanoine honoraire, depuis le mois de janvier 1907. »

On doit à M. l'abbé Bessou plusieurs volumes de vers et de prose français et languedociens : D'Al brès a la tounibo[ùu. berceau à la tombe), Rodez, Carrère, 1893 et 1899, in-12; Lyre et Guitare, ibid., 1898, in-18; Bagateletos (Bagatelles^, vers en parler du Rouergue (Rodez, Carrère, 1902, in-18); Countes de La tata Maniiou (Contes de la tante Mannou) (Rodez, Carrère, 1902, in-18). Ajoutons à cette courte liste une plaquette de début. Merles et Fauvettes (1874), que l'auteur publia lorsqu'il était vicaire à Saint-Geniez, mais qu'il se garda de réimprimer, eu raison de l'animosité soulevée dans une certaine classe bourgeoise par le côté épigrammatique de ce petit recueil. La poésie de M. l'abbé Justin Bessou, qui atteint son ampleur d'expression dans ce curieux ouvrage If AL brès à la toumbo (Du berceau à la tombe), sorte de roman lyrique divisé en douze

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chants, témoigne d'une gr;"ice chnmpètre où la sincérité s'accommode d'un certain penchant h la finesse, voire même à la raillerie, propre à tout bon Rouergat. C'est un bucolique, a-t-on dit, mais un bucolique d'humeur joyeuse...

M. l'abbé Bessou a collaboré au Journal de l'Aveyron (Voy. Besucarietos, Dcbineralos, Besprados de l'oiinclc PolUo, etc.).

Bibliographie. — Gaston Jourdanne, Histoire du Félibrige, Avignon, Roumauille. 1897, in-18. — F. Mistral, Dou bres à la Toumbo, L'Aioli, 7 mars 1892. — Emile Pouvillon, Countes de la Tata Maniiou, La Dépêche (Toulouse), 7 avril 1892. — Paul Mariéton. L'Evolution fclibrccnne, t. VIII. 1892, et XI, 1895. — Edm. Lefévre, L'Année fclibréenne, l^r suppl., Marseille, Ruât, 1904, in-8o, etc.

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