CHARLES DE POMAIROLS
Nous avons connu le poète-artisan, puis le « fonctionnaire de l'idéal » ; voici maintenant le chantre de la « propriété rurale ». Nous n'inventons rien. M. Charles de Pomairols revendique volontiers ce titre. Il naquit le 22 janvier 1843 à Yillcfranche-de-Rouergue (Aveyron). D'une vieille noblesse de robe, il compte parmi ses ancêtres des juges au Présidial du Roucrgue et des soldats. Fidèle à la terre natale, il a passé presque entièrement sa vie dans son domaine patrimonial de « la Pèzo », sis près de Villefranche. Un court séjour en Allemagne, aux Universités de Berlin et de Gœttinguc, en 1867, lui a donné le goût de la poésie et du romantisme allemand, sans lui faire méconnaître cependant les ressources do notre littérature. En 1889, il a donné ce livre, Lamartine, Etudes de morale et d'csthc' tique (Paris, Hachette, in-18), où il a tenté d'exprimer sa propre évolution lyrique. M. Charles de Pomairols, à qui l'on doit plusieurs recueils : La Vie meilleure (Paris, Lemerre, 1879, in-18); Rêves et Pensées (ibid., 1881, in-18) ; La Nature et l'Ame (ibid., 1887, in-18); Regards intimes (ibid., 1895. in-18) et Pour l'enfant (Paris, Pion, 1904, in-S»), est, semble-t-il, un de ces gentilshommes lettrés qui font des vers comme le marquis de Marnésia et le sieur de La Louptiore en savaient faire au xvm» siècle, pour exprimer des sentiments directs et peupler d'aimables images leur solitude campagnarde. Il a décrit la nature en maître inquiet et jaloux ; mais là où d^iutrcs n'eussent apporté qu'une modeste énumération, il a dressé un copieux et touchant inventaire do ses biens. L'habitude qu'il prit de célébrer sans cesse ce qui lui est propre a beaucoup nui à cet esprit distiugué, jusqu'à faire oublier parfois que le poète a souffert et pleuré sa douleur. On a voulu expliquer autrement une telle manière de sentir, mais nous no sommes point dupe de la politesse du critique à qui l'on doit ces lignes : « A force do considérer la structure profonde de sa terre, lo poète des Regards intimes a senti ses jiropros regards se détacher de lui et lui revenir aussitôt comme des regards étrangers. Les choses d'alentour lui semblent maintenant tenir fixés sur lui des yeux tendres, profonds, dont les
rayons descendent aux entrailles de sa pensée. Ces choses apparaissent pensantes et sentantes. Et leurs pensées régnent sur lui. Elles disposent de tout le plan de sa vie... « (Charles Maurras. Revue encyclopédique, !<"• juin 1895.) M. Charles de Pomairols ne serait-il pas, simplement, obsédé par un amour immodéré du terroir?...
M. Charles de Pomairols est candidat à l'Académie française.
BiBLiOGRAPriiE. — Paul Bourget, Œuvres compl., Sociologie et Littéral., Paris, Pion, 1906, in-8». — Fr. Coppée, Trois Poètes, Correspondant, 25 oct. 1904. — Ed. Schuré, Psychologie de l'amour paternel, La Revue, l»"" oct. 1904. — Izoulet, Un Poète du Sol et du Foyer, Figaro, 5 juillet 1905.