‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 167 sur 284 · TON PAYS · texte numérisé non relu

TON PAYS

Cette contrée intime et claire qui s'enferme Dans un proche horizon dont l'œil saisit le ternie, Ces aspects familiers, ces pentes de coteau Venant avec lenteur des sommets du plateau, Ce sol de fin rocher qui s'élève et se ci-euse Dans les souples contours d'une forme onduleuse, Où tant et tant de fois se sont complu mes yeux. C'est le pays aimé que jadis nos aïeux Ont marqué d'un renom qui n'est pas éphémère. Le pays de ton père et celui de ta mère. Le pays où ton cœur tenait par un doux lien. Ce devait être aussi, c'était déjà le tien. Sachant si bien parler l'humble langue locale Où sonnait le doux son de ta voix musicale, Les usages, les mots, dont tu faisais un jeu. Donnaient à ton esprit leur saveur peu à peu. Tu devais lentement, dans la joie et la peine, A ton tour vivre là toute une vie humaine, Et dans le lot des jours prendre ta juste part En mêlant à ces lieux ton âme et ton regard. N'est-ce pas pour fleurir et garder cette place Qu'un espoir enchanté te donnait à ma race Comme une pure fleur de ce calme horizon? Et voilà qu'au matin de ta fraîche saison, Sur le sol paternel à peine étais-tu née,

Un orage subit t'en a déracinée !

Tu connaissais déjà la grâce de ces lieux :

Puisque tu les aimais, ils semblaient à tes yeux

Les plus beaux que l'on pût contempler sur la terre.

Et tu les as quittés pour l'exil solitaire,

Bien avant que leur charme eût assouvi ton cœurl...

Jadis il arrivait qu'un féroce vainqueur,

Surprenant au réveil un peuple plein de joie.

Dérobait de ses mains comme une douce proie

Des enfants éplorés que le gouffre des eaux

Emportait dans la fuite horrible des vaisseaux :

Ainsi quand tu jouais sur la rive natale.

Soudain mettant sur toi sa dure main fatale,

Fermant au jour aimé tes yeux évanouis,

Un ravisseur cruel t'a prise à ton pays,

Aux lieux où la tendresse abritait ton enfance,

Pour t emporter au loin, si loin! et sans défense,

Dans l'obscure terreur du désert inconnu,

Où je ne saurai pas ce qui t'est advenu!

[Pour l'enfant.)

FRANÇOIS FABIE

Issu d'un pèro bûcheron et d'une mère paysanne, M. François Fabié est né le 3 novembre 18'iG à Durt-nquo (Avoyron). Ses origines, ses goûts, ne semblaient pas tout dabord le prédestiner à une autre carrière que celle de ses ancêtres. Pourtant il fit ses études, entra dans l'enseignement, devint pro-t fessenr au lycée Charlemagne, puis directeur de l'école Colbert- Retraité, M. François Fabié est depuis peu retourné au pays natal pour finir au milieu des choses et des gens qu'il a décrits sa double existence de laborieux et de rêveur. On a délini son art un peu fruste et dénué de grâce, mais naturel à lexcès; jamais on n'a peint mieux Ihomnie, le peintre des champs et de la forêt qu'en ces brèves lignes de François Coppée : « Son enfance passée en pleine nature, à déniclier les oiseaux, à courir sous les grands hêtres et parmi les genêts et les bruyères du Ségala, a fait de lui un poète rustique d'un accent un peu Apre, mais très sincère et très pénétrant. Il a notamment fixé sou regard sur les animaux sauvages et domestiques, et souvent il a peint leurs mœurs et leur caractère avec une franchise et une vérité qui eussent réjoui le bon La Fontaine... » Aussi bien ne saurait-on lui reprocher quuu excès de réalisme, une langue peu châtiée et des images désuètes. Sa technique s'apparente à celle du Parnasse, mais il rellète souvent les faiblesses des derniers représentants de cette école.

M. François Fabié a donné successivement : La Pocsie acs Bêtes (Paris, librairie des Bibliophiles, 1879, in-12, et Paris, Lemerre. 1886, iu-12) ; La Nouvelle Poésie des Uctcs (Paris, librairie des Bibliophiles, 1881, in-12); Le Clocher (Paris, Lemerre, 1887, \'a.-\2); Amende honorable à la terre (ibid., 1888, in- 12): La Bonne Terre (ibid., 1889, in-12) : La Poésie dans l'éducation et dans la Vie (ibid., 1891, in-18); Les Voix rustiques (ibid.. 1892, in-12) : Vers la Maison (ibid., 1899, iu-lS). Ses poésies complètes ont été réunies et publiées par l'éditeur Lemerre, dans la Petite Bibliothèque El/.évirienne. Voyez Poésies, iS^O-lVO'i (Paris, 1904-1905, 3 volumes petit in-12. i

Bibliographie. — Ad. Brisson, Portraits intimes, I, Paris,

Colin, 1894, in-18. — C. Vergniol, François Fabié, La Quinzaine, 16 déc. 1900. — Ch. Fiister, Les Poètes du Clocher, Paris, Fischbacher, s. d.^ in-S».

Page 1