A LA CITE NATALE
Devant les grands plateaux de bruyère et de brande
Et les forêts de pins éternellement verts,
Sur ton rocher abrupt tu domines la Lande,
Et telle que jadis tu dominais la Mer !
O cité! toi qui fus la Porte Occidentale
Ouverte aux bords de l'Océan, aux temps anciens
Où les galères des rameurs faisaient escale,
Dans ce golfe, parmi les vaisseaux phéniciens;
De ton enceinte s'en allaient les caravanes
De marchands qu'escortaient tes rudes cavaliers
Vers l'autre mer, à l'orient de la savane,
Pour atteindre en sept jours un port hospitalier'.
Laissant au nord le fleuve et ses rives peu sûres,
Par les plateaux qui recelaient le cuivre et l'or,
Liant la côte ibère au rivage ligure,
Ils suivaient le chemin que nous suivons cncor.
Un jour vint où la mer ne heurta plus tes grèves.
ïu demeuras mille ans debout sur ton îlot,
Regardant s'élargir autour de toi, sans trêve,
La blanche aridité des sables et des flots.
Toi que César nomma la Clef de l'Aquitaine
(0 cité dont les eaux ne battent plus les murs),
J'évoquerai ta gloire aux époques lointaines,
Pour que ton souvenir renaisse ardent et pur.
Car, maintenant, déchu à jamais de ta gloire,
Antique Sos qui ne sais plus te souvenir!
Ton nom s'est effacé des pages de Thistoire.
La cendre de l'oubli a bien pu le ternir...
Tes fils ont méprisé la langue de leurs pères,
Et nul ne se souvient d'héroïques aïeux.
Mais dans mon cœur revit, en face de la terre,
Le double culte de sa race et de ses dieux i...
Et je dirai cette conquête sarrasine
Qui mit dans notre chair la flamme et la beauté,
Et le triomphe en nous de la raison latine
Qui remplit notre front d'éternelle clarté.