‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 2 sur 284 · II · texte numérisé non relu

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héritier, un aîné, n'accordant aux cadets que les exigences do la loi, à la fille le moins possible. Le paysan, dans son humble condition, imitait le seigneur. Au demeurant, très avisé. On sait le dicton : « Fin, rusé, courtois, sent venir le vont et connaît la 0 couleur de la bise. »

« Mais leur vie morale et leur poésie, à ces hommes do la frontière, a lonctemps été la guerre. Qu'on leur fasse encore appel, vous verrez que les Bayard ne manqueront pas au Dauphiné, ni les Ney, les Fabert à la Lorraine. Il y a sur la frontière des villes héroïques où ce fut de père en fils un invariable usage de se faire tuer pour le pays... »

« Malgré l'esprit processif du Dauphinois, il y a dans les mœurs communes une vive et franche simplicité à la montagnarde, qui charme tout d'abord. En montant vers les Alpes, surtout, vous trouverez l'honnêteté savoyarde, la mémo bonté, avec moins de douceur. Celte simplicité, ces mœurs patriarcales qui s'en vont, hélas! de toute la France, ont tenu en grande partie à l'isolement de ces populations. Avant qu'on eût ouvert des routes, pendant neuf mois d'hiver les neiges les séparaient du reste du monde. De là la conservation des traditions antiques... Quoique ces montagnards soient souvent eu procès entre eux, comme ceux de la ])laine, il existe un sentiment de i'raternité. Survient-il un malheur, une inondation, un incendie, tout le pays accourt pour relever la maison, apporter les matériaux nécessaires. Chacun donne imo journée de travail*

« Là, il faut bi(!n que les hommes s'aiment les uns les autresla nature, ce semble, ne les aime guère. Sur ces pent(!S exposées au nord, au fond de ces sombres entonnoirs où sifllo le vent maudit des Alpes, la vie n'est adoucie que par le bon cœur et le bon sens du peuple...

■ Hélas! quoi que fasse le soleil, le pays reste pauvre, la récolte est insuflisante. Du Vercors et de l'Oisans partent des émigrations annuelles. Mais ce no sont pas seulement dos maçons, des porteurs d'eau, des rouliers, des ramoneurs, comme dans le Limousin, l'Auvergne, le Jura, la Savoie; ce sont surtout des instituteurs ambulants...

« Dan» les plaines du I)auphiiu'>,le i)aysan,mt)ins bon et moins modeste, est souvent bel esprit et fait des vers... »

Qu'ajouter à celte page écrite hier, mais (|ui dépeint d'une façon saisissaulo les ressources de la province? Ici la littérature est trop souvent inférieure aux vertus de la race *. 11 y a bien la poésie populaire, les menus propos de l'esprit rural, le

1 . Sur ce sol inclément, rebelle à la tradition, à Técole d'art, Henry Bcylcoslune exception. Kucorc faut-il observer que bej le n'est pas un génie spontané, mais un fruit de culture. Son (i-iivrc n'a rien de 'éloquence niériilioiiale.

DAUPHINE J

domaine des patois, la contribution à l'irnvro nationale, la satire de mœurs, le théâtre local, mais tout cela tient peu de place dans riiistoire du Dauphiné. Une succincte cniimcration de noms, un catalogue de pièces anonymes, de poèmes de circonstances, cela suffit amplement à la curiosité du lettré et du bibliophile attardés en ces lieux.

^-*.- limite d'Etat.

. . de haviace.

. .. de Département 0 lieu de naissance .

des poètes.

LE DAUPHINli

On l'a dit, au point de vue dialectal, le Dauphiné comprend une région de langue d'oc se rattachant à la Provence (Drôme, Hautes-Alpes), et une région de patois franco-provençal (Isère); sa limite approximative est la suivante : confluent du Rhône et de l'Isère, Komans, vallée de la Vernaison, Monestier-de-Clermont, Bourg-d'Oisans, vallée de la Romanche et crête des Alpes

au Galibier*. Jusqu'au xiv» siècle, cette province fournit une légion de troubadours, parmi lesquels on signale le célèbre Floquet de Romans (xiii» siècle); puis le dialecte dauphinoisissu de la langue romane, cesse d'être cultivé et s'éteint ou se corrompt. Il faut signaler pourtant la collection des cinq Mystères trouvés dans le Grésivaudan, et les (ouvres des patoisauts, entre autres Laurent de Briançon, le plaisant auteur du Banquet des Fées, du Caquet de l'Accouchée, de la Physionomie du Courtisan, de La Commère de Grenoble; Blanc la Goutte, épicier grenoblois du XYiii" siècle, rimeur burlesque d'un célèbre ouvrage, Grenoble malheureux, sur la désastreuse inondation de 1733; enfin Boch Grivel, pauvre tisserand de Crest*, qui composa plusieurs comédies en vers et un poème héroi-comique, La Carcovelado. Récemment, le mouvement félibréen a eu sa répercussion dans la partie méridionale du Dauphiné, grâce à l'initiative du sénateur ^laurice Faure, félibre majorai, auteur de poésies eu langue d'oc fort appréciées, et fondateur à Paris, avec le peintre Baudoin et Xavier de Ricard, de la société La Cigale (1875)3.

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