LA CHANSON DU DAUPHINE
A Paul Morillot.
Ah! la clianson du Dauphiné!
Si je pouvais, prédestiné, En syllabes d'or la traduire, Comme aux ravines de mon cœur Je l'écoute parler et bruire Sur un rythme des ans vainqueur'
Car en vain les longues années, Sous les doigts des temps égrenées, Vont m'éloignant de mon berceau, Sans cesse je l'entends qui chante.
Source intime, jaseur ruisseau, La chanson naïve et touchante.
Ta chanson, mon pays natal,
Roulant ses notes de cristal
En tous les coins de ma mémoire;
Musique altière que tu fais
Dans la nature ou dans l'histoire.
Et tes hauts pics et tes hauts faits.
Une race chevaleresque
Vit en ce cadre pittoresque,
Et ton passé vaut ton décor;
Et du grand Bayard au brin d'herbe.
Hommes et choses sont d'accord
Pour chanter romance superbe.
Et d'accord cimes... et cités
Qui, sur les sommets indomptés,
Ont dressé leurs tours indomptables;
Cités de souiùre et d'orgueil,
Par leurs créneaux très redoutables
Et très douces par leur accueil.
Et les trois roses delphinales Aux patriotiques annales Fleurissent, éclatant blason; Et n'allez pas croire que noble
Rime au hasard et sans raison Si richement avec Grenoble.
L'Allobroge, aux creux des torrents,
A bu le mépris des tyrans,
Mais, calme et fier, il appareille
La raison et la liberté ;
Car l'Alpe joue à son oreille
Une hymne de sérénité.
Oui, sublimes sont les arpèges Que sur le blanc clavier des neiges Ou dans l'orgue sombreMes pins Exécute l'Alpe éternelle; Et des Mozarts et des Ghopins L'âme harmonique habite en elle.
Si chantante est la voix des eaux
Qui dévident leurs bleus fuseaux
Dans les prés verts, molle couchette,
Et dont le grelot ruisselant
Se marie avec la clochette
Des troupeaux roux, tachés de blanc!...
{La Route fraternelles)