II
modestement clans une de ces nombreuses « escriptoires » étal)]ies .-uitoiir de Saint-Jacques-la-Boucherie, sortes d'ateliers de copistes où les clercs trouvaient à s'occuper. « Sa vie s'accorde si bien avec ses œuvres, conclut M. Anatole France, que des psychologues très fins, des connaisseurs très experts, se sont demandé si les ballades de maître François n'auraient pas été composées par un poète de cabinet jaloux de faire parler et vivre un clerc coquillart : « Les larrons qu'on va pendre ne chantent pas si bien, disent-ils, la maraude, la prison et la corde. C'est affaire d'un homme d'esprit qui s'amuse au coin de son feu, d'un magistrat lettré, par exemple. »
Pour nous, Villon est un écrivain populaire d'un génie supérieur et qui ne chanta que pour avoir vécu : tout à la fois un liistorien de mœurs et un poète du cœur. « On ne dira jamais observe Anatole de Montaiglon, à quel point, dans son œuvre le mérite de la pensée et de la forme est estimable. Villon peint presque sans le savoir, et en peignant il ne pallie, il n'excus< i-ien; il a môme des regrets, et ses torts, qu'il reconnaît eu st blâmant, mais dont il ne peut se défendre, il ne les montre qu( pour en détourner. Je connais même peu de leçon plusforti ([ue la ballade Tout aux Tavernes et aux Filles. La bouilonnerie, dans ses vers, se mêle à la gravité, l'émotion à la raillerie la tristesse à la débauche; le trait piquant se termine avec mé lancolie, le sentiment du néant des choses et des êtres est mèli " d'un burlesque soudain qui en augmente l'effet. Et tout cel est si naturel, si net, si franc, si spirituel : le style suit l pensée avec une justesse si vive, que vous n'avez pas le temp d'admirer comment le corps qu'il revêt est habillé par le vête ment. C'est bien mieux que l'esprit bourgeois, toujours un pei mesquin, c'est l'esprit populaire que cet enfant des Halles, qu écrivait II n'est bon bec que de Paris, a recueilli dans les rues et qu'il épure en l'aiguisant... Il faut aller jusqu'à Rabelais pou trouver un maître qu'on puisse lui comparer, et qui écrive 1 français avec la science et l'instinct, avec la pureté et la fantai sie;, avec la grâce délicate et la rudesse souveraine que l'on ad mire dans Villon, et qu'il a seul parmi les gens de son temps. (/*". Villon, notice insérée dans les Poètes français, d'Eug. Cre pet, Paris, Hachette, 1863, t. IV, in-8°.) Il existe un grand non bre d'éditions de François Villon. On trouvera ici une list sommaire des plus rares et des plus intéressantes : Le Crai Testament Villon et le Petit; son codicille Le Jargon et les Balla des, A.Paris, 1489 (éd. Pierre Levet), petit in-4" goth., et Pari; G. Bineaut, 1490, in-i»; Le Grant Testament, etc., Paris, J. Tr( perel, 1497, in-12 (réimpr. à Paris par Ballieu, en 1869, in-12 Le Grant Testament, etc., Paris, Pierre Caron, s. d., petit in-4 Le Grant Testament, etc., à Paris, par Guill. Nyverd, s. d., pet in-S" goth.j à Paris, à l'enseigue Saint-Nicolas, s. d., pet
-8"; Les Œuvres de Maistre Françoys Villon, etc., Paris, Gal- )t du Pré ou Ant. Bonnemére, 1532, in-16; Les Œuvres... reues et remises en leur entier par Clément Marot, etc., Paris,
du Pré, 1533, et Lyon, François Juste, 1537, in-16, et Paris, han Macé, s. d., in-S»; Les Œuvres de Fr. Villon, Paris, Les igcliers, 1540. et Paris, Alain Lotrian, 15'i2, iu-16; Les nu mes, ec des remarques d'Eusèbo de Lauriéro et une lettre du
du Cerceau, Paris, Coustelier, 1723, in-S»; les mêmes augm.
remarques de Le Duchat et do Formey, La Haye, A. Moetas, 1742, pet. in-8°; Œuvres de M. Fr. Villon corrigées et mplétées par J.-H.-R. Prompsault, Paris, Tcchener, 1832, et iris, Ebrard, 1835, in-8»; Œuvres complètes, nouv. éd. avec des )tes par P.-L. Jacob, Paris, Jannet, 1854, in-12; Les Deux Tesments, etc., avec des notes par le môme, Paris, Acad. des Bi- ;iophiIes, 1866, in-8"; Œuvres complètes, édit. Pierre Jannet, aris, Picard, 1867, in-12 (La même, Paris, Charpentier, 1884, -18); Œuvres de F. Villon, édit. Lacroix, Paris, Acad, des ibliophiles, 1877, in-18; Spécimen d'un essai critique sur les uvres de F. F.,par W. G. C. Bijvanck. Le Petit Testament, Leydo. 0 Breuk et Smits, 1882, in-S*; Œuvres complètes publiées d'ares lesmss et les plusanc. éd. par A. Longnon, Paris, Lemerre, <92, in-8»; Die ^yerkc Maistre François Villon, hgg. von Dr. v'olfgang von Wurzbach, Erlangen, 1903, Fr. Junge, in-S": c Petit et le Grant Testament, etc., repr. fac-similé du ms. do tockholm; introd. de Marcel Schwob, Paris, Champion, 1905, 1-8°; Œuvres de Maistre F. Villon, éd. Ed. Schneegans, Biliotheca Romanica, n"» 35-36, Strasbourg, Heitz, s. d. (1908), X-Î6, etc.
Bibliographie. — A. Cnmpaux, F. Villon, etc., Paris, 1859, 1-8». — A. Longuon, F. Villon et ses légataires, Paris, Lemerre, lai 1873, in-S"; Etude biogr., d'après les doc. des archives na- 'onales, Paris, Menu, 1877, in-S». — José Théry, Le Procès de '. Villon, Paris, Alcan Lévy (inipr. aux frais de Tordre des a'^oats), 1893. iQ-8\ — Gaston Paris, F. Villon, Paris, Hachette, 001, in-16. — Marcel Schwob, Spicilège, p. 3-93, Paris, Mercure e France, 1896, in-18; Le Jargon des Coquillarts en l'-tôô, Méloires de la Soc. linguist. de Paris, 1890-1891, t. VII, fasc. 2 t 3. — Gaston Paris et M. Schwob, Villoniana, Romania, 1901, '. 352. — Abbé Reure, Simples Conjectures sur les orig. pater^ telles de F. V., Paris, Champion, 1902, in-8°.