‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 213 sur 284 · II · texte numérisé non relu

II

o98 LES roÈTES DU TEKKOIR

Colletet avait, dil-on, maison do ville et maison des champs, cette dernière sise à Rtingis, an Val-Joyenx. Sa maison de Paris, tout en haut du faubourg Saint-Marcel (rue Neuve-Saint- Etienne), était l'ancienne habitation de Ronsard. « Nous allions manger bien souvent chez lui, écrit Urbain Chevreau, à condition que chacun y feroit porter son pain, son plat, avec deux bouteilles de vin de Champagne ou de Bourgogne; et par ce moyen nous n'estions point à charge à nostre hôte. II ne fournissoit qu'une vieille table de pierre sur laquelle Ronsard, Jodelle, Belleau, Baïf, Amadis Jamyn, etc., avoient fait en leur temps d'assez bons repas : et comme le présent nous occupoit seul, l'avenir et le passé n'y entroiont jamais en ligne de compte. Claudine avec quelques vers qu'elle chantoit, y choquoit le verre avec le premier qu'elle entreprenoit, et son cher époux M. Colletet nous récitoit, dans les intermèdes du repas, ou quelque sonnet de sa façon ou quelque fragment de nos vieux poètes, que l'on ne trouve point dans leurs livres... » Mais l'on ne tarirait point d'anecdotes sur ce nourrisson des Muses. Les années J651 et 1652 furent mauvaises pour le poète. La guerre civilt l'obligea à déloger de sa maison de ville, son petit château dt Rungis fut pillé par les soldats, et, pour comble de disgrâce un jour qu'il passait rue des Carnaux (actuellement rue des Bourdonnais), près des Saints-Innocents, l'enlablement d'une vieilli maison lui tomba sur la tète. Il fut pendant cinq mois entre I; vie et la mort, et n'eut d'autre consolation que de s'écrier :

Maudites soient les avenues

Du cimelière de Paris I

Les grands rois et les grands esprits

En dcvroient éviter les riies.

0 Ferronnerie, ô Carneaux,

Si vous n'en estes les bourreaux,

Vous leur i'ournissez des relrailes.

N'est-ce pas sous vos sombres toils,

Et qu'on assomme les poètes,

Et qu'on assassine les rois?

Sur ses vieux jours, il fut pris d'une plaisante dévotion, corn posant des poésies pieuses pour des personnes austères; ave l'argent qu'on lui en offrait il allait boire au cabaret de la Pomm de pin. La mort le surprit, dit-on, à table, le 11 février 1659. 1 était si dénué de ressources que ses amis se cotisèrent pour 1 faire enterrer.

Bibliographie. — Abbé Goujet, Biblioth. française, t. XVI p. 281. — Tallemant des Réaux, Historiettes, 3" éd., "VII, p. 104 — Pellissou et d'Olivet, Hist. de V Académie française, etc. - Th. Gautier, les Grotesques, Paris, Charpentier, 1897, in-18. - Fred. Lachèvre, BibUogr. des rcc. collectifs de poésie, 1597-1700

. II et in. — Voy. en outre Jal, Dictionn. critique de biogr. et l'histoire; Chevracana, Carpenteriana, Mcnagiana (édit. de 762), etc.

LA xMAISON DE RONSARD

le ne voy rion icy qui ne flatte mes yeux; ucste Cour du Ballustre est gaye, et magnifique; ]os superbes Lyoïis qui gardent ce Portiquo iidoucissent pour moy leurs regards furieux. Je feuillage animé d'un vent délicieux loint au chant des oyseaux sa tremblante musitjue; > parterre de fleurs, par un secret magique, Semble avoir desrobé les Estoiles des Cirux. L'aimable promenoir de ces doubles Allées, ^ui de profanes pas n'ont point esté foulées, jlarde encore, ô Ronsard, les vestiges des tiens. \Iais Dieux! ce nom m'inspire une sainte manie; ^omme je trouve icy mes pas avec les siens, le trouve dans mes vers sa force, et son (Jénie.

{Autres Poésies Je M. Cotletet, 1642.

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