‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 220 sur 284 · NICOLAS BOILEAU · texte numérisé non relu

NICOLAS BOILEAU

On ne s'attend guère à trouver ici une biographie du critique encore moins un éloge du poète. Quelques mots, quelcjues dates suffiront à notre tâche. Il naquit à Paris, de Gilles Boileau, gref fier de la Grand'Chambre du Parlement, et d'Anne de Nielle, h !«■■ novembre 1636, et mourut dans cette ville, le 13 mars 1711.

Son enfance fut laborieuse, au dire d'un de ses biographes Un coq d'Inde le mutila, si l'on en croit l'auteur de l'Annce lit téraire. A l'âge de huit ans il fallut l'opérer. Sa mère étan uiorte et son perc absorbé dans ses affaires, il fut abandonni ■\ une vieille servante qui le traita avec dureté. La fortune lu fut néanmoins clémente. Son talent, ce talent spécial qui li porta à se railler d'une foule d'auteurs qu'il connut mal et qu'i morigéna, faute de pouvoir les discipliner, lui valut les suffrages du public et la faveur royale. Les deux Académies, « la fran <:oise et celle des inscriptions et belles-lettres », lui ouvriren tôt leurs portes, et Louis XIV le gratifia d'une pension d 2,000 livres et du titre d'historiographe, qu'il partagea avec soi ami Jean Racine. On a sur lui une foide danecdotes plaisantes Les plus curieuses se trouvent dans les Mémoires sur la Vie d Jean Racine par son fils et les Notes manuscrites de Brossettc conservées à la Bibliothèque nationale. Quelques-unes ont trai à son enfance, à ses amitiés et à son séjour à Âuteuil, où il pos séda pendant longtemps une habitation de campagne. Elle méritent d'être rapportées. Louis Racine l'a fait naître à Crosn( près Villoneuve-Saint-Georges. « Son père, dit-il, y avait un maison où il passait tout le temps des vacances du Palais... Pou le distinguer de ses frères on le surnommait Despréaux, à caus d'un petit pré qui était au bout du jardin... Il eut à souffrii dans son enfance, l'opération de la taille, qui fut mal faite, e dout il lui resta, pour toute sa vie, une très grande incommo dite. On lui donna pour logement dans la maison paternelle un guérite au-dessus du grenier, et quelque temps après on l'e lit descendre parce qu'on trouva le moyen de lui construire u petit cabinet dans ce grenier, ce qui lui faisoit dire qu'il avoi commencé sa fortune par descendre au grenier, et, il ajoutoi

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dans sa vieillesse qu'il n'accepteroit pas une nouvelle vie, s'il falloit la commencer encore par une jeunesse aussi pénible. La simplicité de sa physionomie et do sou caractère faisait dire à sou père, en le comparant à ses autres enfants : Pour Colin, ce sera un bon garçon qui ne dira mal de personne. Apres ses premières études, il voulut s'appliquer à la jurisprudence ; il suivit le barreau, et mémo plaida une cause dont il se tira fort mal... Il n'ont pas l'ambition d'aller plus loin; il quitta le Palais et alla en Sorbonne; mais il la quitta bientôt par le même dégoût. Il crut, comme dit M. de Boze dans son Eloge historique, y trou, ver encore la chicane sous un autre habit. Prenant le parti de dormir chez un greffier la grasse matinée, il se livra tout entier à son génie qui l'emportoit vers la Poésio, et lorsqu'on lui re- , présenta que s'il s'altachoit à la satire il se feroit des ennemis ■ qui auroieut toujours les yeux sur lui et ne chorcheroient qu'a le décrier : « Eh bien, répondit-il, je serai honnête homme, et je « no les craindrai point. » Comme il ne vouloit pas faire imprimer ses satires, tout le monde le rocherchoit pour les lui entendre réciter. Un autre talent que celui do faire des vers le faisoit encore rechercher; il soavoit contrefaire ceux qu'il voïoil jusqu'à rendre parfaitement leur démarche, leurs gestes et leur ton de voix... Il faisoit. ainsi que Molière et Racine, de perpétuelles réprimandes à Chapollo sur sa passion pour le vin. Lo rencontrant un jour dans la rue, il lui on voulut parler. Chapelle lui répondit : « J'ai résolu de m'en corriger; je sens la « vérité de vos raisons ; pour achever de me persuader, reutrou.s « ici, vous me parlerez plus à votre aise. » Il le fit entrer dan?, un cabaret et demanda une bouleillo, qui fut suivie d'une autre. Boileau, en s'animant dans son discours contre la passion du vin, buvoit avec lui, jusqu'à ce qu'enfin le prédicateur et le nouveau converti s'enyvrèront... »

Après la mort de Racine, Boileau ne vint que rarement à la cour. Il passa lo reste de ses jours dans la retraite, tantôt § la ville, tantôt à la campagne. Dégoûté du monde, il no faisait plus de visites et n'en recevait guère, sinon de ses derniers amis. Il laissa en mourant une partie do ses biens aux pauvres.

Les principales éditions des œuvres de Boileau sont celles de Paris, Baibin, 1674, 2 part, en 1 vol. in-S" ; Paris, Thierry, 1701, 2 vol. in-12; Amsterdam, H. Schelte (A la sphère), 1702. 2 vol. pet. in-S»; Genève, 1716, 2 vol. in-S» (avec des éclaircissements par Brossette) ; La Haye, Gosse et Noaulnie, 1718, 2 vol. in-foL; La Haye, 1722, 4 vol. in-4«: Paris, David, 1747,5 vol. in-S» (avec des remarques par Saint-Marc); Paris, Libr. Associez, 1772, 5 vol. in-8-'; Paris, aux dépens do la Compaçruie, 1775^ iu-12; Paris, Crapelet, 1798, in-4»; Paris, Didot. 1819. 2 voli in-fol.; Paris, Lefèvre, 1821 et 1824. 4 vol. in-8»; et celle donnée par Berriat Saint-Prix, en 1830, et qui résumait, en les

eotnplélant, les recherches des annotateurs'. Les Satires de Nicolas Boileau ont paru pour la première fois à Paris, chez Billaine, en 1666, iu-12. M. Frédéric Lachèvre a publié récemment, d'après un manuscrit en sa possession, des Commentaires de Pierre Le Verrier sur cet ouvrage, avec les corrections autographes de Despréaux. Voyez Les Satires de Boileau commentées par lui-même, etc., Le Vésinet (Seine-et-Oise), 1906, in-8»

BiBLiOGUAPiiiE. — Des Maizeaux, La Vie de 31. Boilcau-Dcsprcaux, Amsterdam, H. Schelte. 1712, in-12. — Montchcsnay BoUeana, etc., Amsterdam, L. Honoré, 17'i2, in-12. — Louis Racine, Mémoires sur la Vie de Jean Racine, Lausanne, Bousquet 1747, in-12. — Berriat Saint-Prix, Essai sur B., suivi de Notice; bibliogr., éd. des Œui'res de B., Paris, Langlois, 1830, I. — Sainte- Beuve, Premiers Lundis, nouv. édit., etc. — G. Lanson, Boileau Paris. Hachette, 1892, in-12. — Vicomte de Grouchy, Testament de N. Boileau, etc., Bulletin de la Soc. de Vllist. de Paris., 1889. — Documents relatifs à Boileau et à sa famille, Bulletin du Bibliophile, 1893. — Revillout, La Légende de Boileau, Revue des langues romanes, 1890-1895. — Correspondance entn Boileau-Despréaux et Brossctte, publ. par A. Laverdet, Paris Techener, 1858, in-8<>; — F. Lachèvre, Bibliogr. des recueils collect. de poésies, IdOI-1100, t. 111, etc.

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