‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 229 sur 284 · PIERRE-JEAN DE DERANGER · texte numérisé non relu

PIERRE-JEAN DE DERANGER

Sa biographie est partout, a-t-on dit; lui-même l'a écrite. ■Jous n'en douueroas donc qu'un abrégé, en l'empruntant toti- -efois aux Souvenirs de l'Ecole romantique d!E.<\ouAi'à Fournier. Ou sait qu'il uaquit à Paris en 1780, et que sa première enfance ;e passa dans la mansarde d'un pauvre vieux tailleur, son jraad-père. C'était rue Montorgueil, à l'endroit où se trouve a halle aux huîtres. Après quelque temps passé dans une peniion du faubourg Saint-Antoine... après une seconde étape d"élucation à Péronne, où il avait une taute aubergiste, il devint ipprenti imprimeur et se mit à rimer. A quatorze ans il avait léjà fait des chansons, que Cousin d'A vallon voulut bien acuoillir dans sou recueil annuel La (iuirlandc. Eu 1796, lîérangcr int à Paris pour se livrer plus complètement aux lettres. Il tait sans ressource; elles ne lui en créèrent pas. Il se déses- )érait, quand Lucien Bonaparte, à qui on l'avait présenté, lui bandonna pour vivre son traitement de membre de l'Institut, yétait le nécessaire; avec ce qu'il gagna bientôt après, comme oUaborateur aux Annales du musée, de Landon, et mieux enore avec les appointements d'une place d'expéditionnaire que ui fit obtenir l'académicien Arnault, au secrétariat de l'Univerité, ce fut la richesse. L'idée lui vint alors de mettre en voluni^ out ce qu'il avait écrit et de le dédier à son bienfaiteur. On le ut à la censure, et, comme le prince était alors en exil, on lit lire à Béranger que la mise en vente ne serait pas permise avec ette dédicace. Il renonça bravement à son livre, mais n'eut )as de cesse qu'un autre ne fût prêt. La Chanson du Roi d' }'etot, que lui inspira une enseigne de la rue Saint-Honoré, au oin de la rue du Chantre, en fut l'avaut-goùt. Il la laissa couir, elle fut chantée par tout le monde, et Napoléon lui-même, iont elle était, par contraste, une si amusante satire, ne fut pas e dernier à la fredonner. Le volume parut chez Eymery en SIô. Le titre choisi par Béranger était celui-ci : Chansons moules et autres. Or, comme les unes, les morales, s'y trouvaient u plus petit nouibre que « les autres », et comme on se trouait alors sous un régime qui ne plaisantait pas sur la question

des mœurs, il lui fut signifié que son emploi nu secrctariat di rQniversité courait de grands risques s'il continuait à prendn pour muses Lisette, Frétillon et la Gaudriole. Il obéit, mais ei substituant à la gaieté la politique, qui est bien autrement dangereuse. » On connaît la suite. Son recueil, augmenté d'un volume où, sous prétexte de liberté, il chantait la gloire d'un régime qui en avait supprimé jusqu'à l'ombre, lut saisi, supprimé L'auteur perdit sa place et se trouva un jour sous le coup d'un condamnation à neuf mois de prison et à dix: mille francs d'à mende. « Ce fut la dernière tribulation de Bérangcr. Peur m pas en connaître d'autres il voulut n'être rien, lors même qui les gouvernements qui pouvaient le favoriser triomphèrent Après juillet 1830, il refusa jusqu'à la croix; après février 1848 nommé représentant du peuple, il donna sa démission presqu aussitôt; et lorsque revint l'Empire il repoussa les faveurs qu l'auraient récompensé de ce qu'il avait fait pour son retour. Il mourut le 17 juillet 1857 et survécut peu à sa gloire, sinon sa popularité. Rien n'est plus terne, plus médiocre, rien n'ap paraît plus neutre aujourd'hui que les chansons de Béranger et nous ne parvenons pas à comprendre comment ce poète, c chansonnier plutôt, provoqua les haines des partis et la vie lence d'une certaine critique, qui lui reprocha d'avoir « dégrad la langue, comme l'àme du peuple, en outrageant les sentiment chrétiens et en tournant en ridicule la foi, les sacrements, 1 pudeur et la mort ». Il est vrai que nous ne comprenons pa davantage qu'on ait pu le comparer à La Fontaine, à Molière e à Voltaire. Il est loin, hélas! d'être un grand écrivain; c'es' tout au plus, un Juvénal d'estaminet. « Le génie de Hérangei a dit si justement Lecontc de Lisie, est à coup sftr la plus cou; plète des illusions innombrables de ce temps-ci, et colle laquelle il tient le plus; aussi ne sera-ce ])as un dos moindre étonnements de l'avenir, si toutefois l'avenir se préoccupe d questions littéraires, que ce curieux enthousiasme attendri qu'6> citent ces odes-chansons qui ne sont ni des odes ni dcschansonf L'homme était bon, généreux, honnête. Il est mort plein de jour.' en possession d'une immense sympalhic publique, et je ne veu certes contester aucune do ses vertus domestiques; mais j nie radicalement le poète aux divers points de vue do la puis sanco intellectuelle, du sentiment de la nature, de la langu. du stylo et de l'entenle spéciale du vers, dons précieux, nécesaires, que lui avaient refusés les dieux, y compris le dieu dt bonnes gens, qui du reste n'est qu'une divinité do cabaret phi lanthropique. » (Le Nain Jaune, 1864.)

Les chansons de Bérangcr ont été publiées un grand nombi de fois. Les éditions les plus complètes qui ont été donnée jusqu'à ce joursont celles de Paris, Perrotin, 1834,4 vol. in-S", < 1856, 3 vol. in-S». Joignons à ces recueils Ma liioeraphie (Pari-

5T, în-8») ; Œuvres posthumes (ibid., 1857, în-8«), quatre volues de Correspondance (ibid., 1860, in-S") et un volume à'Œues inédites (Paris, Daragon, 1909, ia-8").

'Bibliographie. — A. Ricard, La Lisette de Déranger, etc., iris, Renauld, 1846, in-12; La FrétiUon, parle môme, ibid., 46, in-12. — Sainte-Beuve, Portraits contemporains, I, et xuseries du lundi, II,douv. éd., etc. — M""> L. Colet, Quarante' nq lettres de Déranger, etc., Paris, Libr. nouvelle, 1857, in-12. ■ J. Lapointe, Mémoires sur Déranger, Paris, Hachette, 1857, -8°. — J. Bernard, Déranger et ses Chansons, Paris, Dentu. 58, in-8''. — N. Peyrat, Déranger et Lamennais, Paris. 1861, -18. — J. Travers, Déranger litt. et critique, Caen, Hardel, •61, in-18. — A. Arnould, Déranger, ses Amis, ses Ennemis, etc., iris, 1864. 2 vol. in-18. — Th. Bernard, La Lisette de D., Paris, achelin-Deflorenne, 1864, in-12. — J. Janin, D. et son temps, aris, Pincebourde, 1866, 2 vol. in-12. — Rrivois, Dibliographie '. l'œuvre de D., Paris, Conquet, 1876, in-S».

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