‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 242 sur 284 · PAYSAGE PARISIEN · texte numérisé non relu

PAYSAGE PARISIEN

A Ariionld Ilogicr.

Le bleu pur du ciel transparaît Parmi la fumée et la brume ; Le soleil se monti*e : on croirait Voir un fer rougi sur l'enclume.

De l'Obélisque au Rond-Point, Portant conjointe et conjoint,

Les carrosses

De vingt noces Roulent, traînés par des rosses; Lents, mornes, sous le ciel bleu Ils font leur petite lieue,

A la queue Leuleu.

{La Belle Arcniure, 1895.)

FRANÇOIS GOPPEE

François-Joachim-Edouard Coppée naquit à Paris le 26 jan- •ier 1S42, au n" 9 do la rue Saint-Maur-Saint-Germain faiijourl'hui rue de l'Abbé-Grégoire). Son aïeul paternel, Jean-Bapiste Coppée, était originaire de Mons. Son grand-père maternel, naître serrurier, se nommait Pierre Baudry, dit Saintongeois; iprès avoir fait son tour de France el gagné la maîtrise, il .'pousa à Paris une femme de sa condition et s'établit rue du viouton, près de l'ancienne place de Grève. C'est là, a-t-on icrit. qu'il forgea, en quatre-vingt-douze, des piques pour les jectionnairos. Le père de François Coppée occupait un moleste emploi au ministère de la guerre. Homme de devoir, il lonna à son fils l'exemple d'une vie laborieuse et digne. Le peintre Chariot et un vieux dragon de la garde, le capitaine Blot, qui fréquentaient la maison, déterminèrent chez lui ce goût des choses héroïques et militaires qu'il garda jiisquà la fin. Ses parents ayant, par la suite, émigré rue Vaneau, il fréquenta en qualité d'externe la pension Hortus, rue du Bac. En 1856, nous trouvons toute la famille rue Monsieur-le-Prince et le futur poète externe au lycée Saint-Louis. Là s'arrête son enfance. On connaît le reste. Obligé d'interrompre ses études, Coppée est successivement commis chez un architecte, puis expéditionnaire au ministère de la guerre. Il habite Montmartre, débute avec des contes en prose au Causeur, se lie avec quelques jeunes poètes, Catulle Mendès, J,-M. de Heredia, Léon Dierx, Albert Mérat, Paul Verlaine, etc., contribue à fonderie Parnasse contemporain, publie ses deux premiers recueils. Le Reliquaire (Paris, Lemerre, 1866, in-18); Intimités (ibid., 1868, in-18), et fait représenter par Sarah Bernhardt et Agar, sur la scène de l'Odéon, le 14 janv. 1869, un acte en vers. Le Passant (Paris, Lemerre, 1869, in-18). Illustre dès ce soir-là, Coppée obtient, grâce à la protection de la princesse Mathilde, le poste de bibliothécaire adjoint au Sénat (1869), qu'il cédera en 1872 à Leconte de Lisle, pour l'emploi d'archiviste au Théâtre- Français. Il connaît la gloire, mais les revers ne l'épargneront point. La maladie, la guerre, cette guerre pour laquelle le poète

dut céder le pas au garde national, viennent de l'éprouver. Dé missionnaire de son emploi, à la suite d'un incident avec comité des « Français », il est chargé à La Patrie du feuilleté dramatique. Il y déploie de brillantes qualités, de 1880 à 188 et ne dépose la plume du critique que pour solliciter un sièg d'académicien. Elu. le 21 février 1884, en remplacement de Vi tor de Laprade, il occupe le fauteuil d'Alfred de Musset. Lourc succession. Désormais l'histoire de sa vie est intimement liée celle de ses livres. La liste de ses œuvres est trop longue poi prendre place ici'. Qu'il nous suffise de signaler les rccuei où vibra son âme de Parisien.

Après Le Reliquaire et Intimités il donna : Premières Poèsi [Le Reliquaire, Poèmes divers. Intimités] (Paris, Lemerre, 186 in-18); Poèmes modernes (ibid., 1869, in-lS); Les Humbles (ibid 1872, in-18); Le Cahier ronge (ibid., 1874, in-18); Olivier (ibid 1876, in-18); L'Exilée (ibid., 1877, in-4°) ; Les Mois (Paris, libi du Moniteur univers., 1877, in-folio); Les Récits et les Elégi, (Paris, Lemerre, 1878, in-18); Contes en vers, etc. (ibid., 188' in-18) ; Poèmes et Récits (ibid., 1886, in-8»); Le Petit Epicier (ibid 1886, in-18); Arrière Saison (ibid., 1887, in-18); Les Paroles sin ccres (ibid.. 1891, in-18| ; Dans la prière et dans la lutte (ibid 1901, in-18) : Des Vers français (ibid., 1906, in-18); L'Ecu de si livres (ibid., 1908, in-18); Un Duel au sabre (ibid., 1908, in-18 Lettre du Christmas (ibid., 1908, in-18), etc.

Chez François Coppée, l'homme apparaît supérieur à l'écrivaii ail poète même. Son esprit, sa bonhomie, son talent de eau seur, qu'on retrouve dans maints articles de journaux (Voyez Mon franc parler, Paris, Lemerre, 1894-1896, 4 vol. in-18). or contribue plus sûrement qu'aucun de ses ouvrages à le faire cOi naître du public. Pendant prés de quarante années, il a été mêl à toutes les manifestations de la vie parisienne; il a pris pai à tous les mouvements littéraires : parnassien, naturaliste, sym boliste, etc. Témoin qui a su voir, su entendre, rien n'a écliapp à sa curiosité. Epris des mille événements do la rue, de la vi des « Humbles » qu'il a chantée sans effort, mais aussi saD grandeur, il a été l'auteur le plus épris de modernité, et p» cela le plus goûté du public. Après Ilérauger. après Sainte Heuve, et fatil-il le dire, après Hugo, mais avec des ressource iuriniment restreintes et un idéal moyen, il a tenu la plac d'une sorte de génie national, représentant tout à la fois I poésie intime, familière, héroïque, sociale, la poésie de circoo^ tance. Pendant près de quarante auuées, il a été l'écrivain pr»

1. Nous renvoyons Icleclour à la hiiiliop;rapliic délailléo que ii" avons publiée à la suile <lcs ouvrages suivants : Km. Gaulicrl, /''. ( ■pi'c, Paris, Sansol, lltOfi, iu-18; (laulliier-l'crrières, F. Coppée cl fruvre, Paris, Mercure de France, 1908, in-l(>.

îré de toutes les classes, du peuple en particulier, le fçrand orte-lyre de toutes les fêtes de la rue, de la famille, de l'ateer, le poète élu pour banquets, noces et festins! Sa technique ' u vers, sa maîtrise, son habileté à mettre eu rimes les sujets 3S plus opposés à la poésie, loin de le trahir, aura servi sa médiorité. Seul, son amour de Paris, ce goût touchant et simple des boses et des gens de nos faubourgs, de nos mœurs anciennes, ui disparaissent un peu chaque jour, avec nos jardins et nos ieilles maisons, lui vaudra encore quelque réputation près des jttrés.

Gravement malade pendant de longs mois, François Coppée st mort le samedi 23 mai 1908, à une heure de l'après-midi. )n assure qu'il n'avait rien perdu de cet esprit où il y avait o du entiment et la blague du gavroche ». Il le lit bien voir quand a sœur Annette mourut, juste six jours avant lui, le 17 mai 908, et qu'il vit partir le convoi que sou état de santé l'empèhait d'accompagner : « C'est une répétition générale, » dit-il vec ironie.

Bibliographie. — • De Lescure, François Coppée, l'homme, a vie et l'œuvre, etc., Paris, Lemerre, 1889, in-18. — J. Claretie, Célébrités contcmp., F. Coppée, Vay'is, Quantin, 1885, in-18; Coppée aconté par lui-même. Le Temps, 29 mai 1908. — C. Mendès, La xgcnde du Parnasse contempor. , Bruxelles, Brancart, 1884, n-18. — G. Druilhet, Un Poète français, Paris, Lemerre, 1902, n-18. — Ern. Gaubert, Fr. Coppée, etc., Paris, Sansot, 1906, n-18. — Gauthier-Ferriéres, Fr. Coppée et son œuvre, Paris, Jercure de France, 1908, in-16.

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