‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 244 sur 284 · LA SEINE · texte numérisé non relu

LA SEINE

La Seine, qui, l'été, riait dans les roseaux. Sous la pluie a changé la couleur de ses eaux. Elle s'enfle et jaunit quand s'eireuillent les roses Ainsi l'hiver met fin à la douceur des choses. Les barques ne font plus, légères, loin d'ici, De voyage à Cylhère aux saules de Croissy, Les lilas sont coupés; nous n'irons plus aux îles! Blonde gaité des ciels indulgents, tu t'exiles: Tu vas vers les midis que rien ne peut ternir, Et, prompte ù nous quitter, tardes & revenir !

La rivière a monté rapide : elle charrie Avec les herbes d'eau des herbes de prairie. Elle va déborder demain dans les lieux bas.

Le ciel garde le bord qui ne se défend pas !

Le marinier, voyant le flot d'un gris livide,

Amarre ses bateaux : le fleuve paraît vide.

Les c( mouches » cependant, dans ce triste décor,

Font d'Auteuil à Bercy leurs croisières encor.

Personne sur le pont; seul avec la rivière,

Le pilote en caban, qui gouverne à l'arrière.

Un grand bateau de bains semble, le long du quai,

Un jouet qu'on démonte ou qui s'est détraqué.

Les ormes, qui faisaient des bouquets de vertlure,

Subissent la saison inexorable et dure;

Et, rigides et froids, sur leurs branches de fer

Laissant tomber la rouille, ils frissonnent dans l'air.

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