‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 247 sur 284 · A LA CHAPELLE · texte numérisé non relu

A LA CHAPELLE

Quant les heur' a tornb'nt comm' des glas, La nuit quand i'fait du verglas, Ou quand la neige a' s'amoncelle, A la Chapelle,

On a frio, du haut en bas, Car on n'a ni chausse tt's, ni bas ; On transpir' pas dans d'ia flanelle, A la Chapelle.

On a beau s 'payer des souliers.

On a tout d'mèm' frisquet aux pieds, Car les souliers n'ont pas d'semelle, A la Chapelle.

Dans l'teuips, sous labri, tous les soirs, On allumait trois grands chauffoirs, Pour empêcher que l'peupe i' gèle, A la Chapelle.

Alors on s'en f..tait du froid!

Là-d'ssous on était comm' chez soi, ET gaz i' nous servait d'chandelle, A la Chapelle.

.Mais l'quartier d'venait trop rupin, Tous les sans-sou, tous les sans-pain Hadinaient tous, mèm' ceux d'Grenelle, A la Chapelle.

Et v'ià porquoi qu'l'hiver suivant, On n'nous a pus f..tu qu'du vent, Et Ivent nest pas chaud, quand i' gèle, A la Chapelle.

Aussi, maint'nant qu'on n'a pus d'feu.

On n'se chauff' pus, on grinche un peu... r fait moins froid à la ?souvelle Qu'à la Chapelle.

{Dans la Rue, \.)

PIERRE GAUTIIIEZ

Tout à la fois poète, romancier, historien, M. Pierre Gauthiez est ne à Fontenay-aux-Roses (Seine) en 1862. Il a fait paraître des recueils de vers, Les Voix errantes (Paris. Lemerre, 18SG, in-lS); Les Herbes folles (ibid., 1892, in-18) : Deux Poèmes : Parisienne, Le Sang Maudit (ibid., 1894, in-18); Isle de France (Paris, Maison des Poètes, 1902, in-18) ; des romans, La Danac (Paris, Libr. de l'Art. 1887, in-18): L'Age incertain (Paris, Ollondorff, 1898, in-18); La Dame du Lac (ibid., 1899, in-18j; Amours factices (Paris, Fontemoing, 1902, in-lS); des nouvelles, Ombres d'amour (Paris, Ollendorlf, 1899, in-18), et des ouvrages de critique et d'érudition. Etude sur P.-P. Prudhon (Paris, Li!)r. de l'Art, 1885, in-18) ; Etudes sur le seizième siècle, Rabelais, Montaigne, CaU'in (Paris, Oudin, 189.3, in-18); L'Arctin, I(i06-}5o2 (Paris, Hachette, 1896, in-18); Jean des Bandes Noires, î'iOS- 1526 (Paris, Perrin, 1901, in-S»); Lorcnzaccio fLorcnzino de Médicis), lôl^^i-lô'iS (Paris, Foateraoing, 1904, in-S»), etc.

On lui doit aussi un acte en vers, Racine et la Champmcslè, et une légende lyrique, Tzemna.

M. Pierre Gauthiez, qui s'est fait une réputation incontestée de savant et de quattrocentiste, est, aux heures de loisir, «m charmant poète des champs, des rues et des bois. Passionué de la nature, épris de couleur, de lumière, de pittoresque et d'iiarmonie, il se distinguo parmi nos meilleurs écrivains de plein air. Sa technique est celle d'un néo-parnassien, libéré de toute contrainte, ne demandant à la Muse que de la grAco, de l'eniouemenl et delà sincérité. lia chanté la banlieue, Fontenay, Mcudon, Villacoublay, Trivaux, que sais-jo encore.^ 11 a célébré Paris, ses promenades, ses faubourgs et jusqu'à ses ruisseaux où se mire un ciel fantasque. C'est un inliniiste dans le genre rustique, plein do bonhomie, de malice et de toudrosso.

Dans les temps où madnrnr Ilclène de Surgères Tenait en ses filets le poète Ronsard,

Il sonna des sonnets, miracles de son art,

Sous ces chênes hantés des nymphes bocagères.

Elles passent encor, les Dryades légères, Dans les taillis courus par le coucou bavard. Dos hêtres de Chaville aux bouleaux de Clamart, Leurs voiles embrumés caressent les fougères.

La subtile douceur des siècles amoureux

Reste en ces lieux anciens; ils donnèrent, pour eux,

Le parfum sans pareil que fait la fleur de France.

Hélène avec Ronsard, Guiso avec Rabelais,

Ces bois du Parisis, toute la Renaissance

Y survit, mieux qu'aux mornes salles des palais.

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