VERSAILLES
Il pleut très doucement dans le parc au réveil, Si doucement que rien ne boug^e en les feuillées; Cette pluie, avivant l'odeur des fleurs mouillées, Rit, traversée au loin d'un rayon de soleil.
Le sable luit, comme il ferait, en plein soleil. L'eau perle à chaque feuille et goutte des feuillées Sur le gazon humide avec ses fleurs mouillées.; Dans la haie, un pinson a sonné le réveil!
Voici que les lointains, pleins d'odeurs bocagères,
S'éclaircissent, sous les mousselines légères
Qu'on voit se suspendre au-dessus des pièces d'oau.
Cependant qu'un Hercule antique en pierre blanche,
Vêtu d'un lierre ami, s'amuse d'un oiseau
Qui secoue, en s'y balançant, l'eau d'une branche.
A cette heure où le ciel qui va mourir se teinte
D'or léger, le vieux parc aux sièges vermoulus
N'a d'émoi, dans le flux dolent et le reflux
Des choses, que le bruit d'une heure au loin qui tinte-
Au bord du lac tranquille, entouré de jacinthe, Le temple grec où l'Amour de marbre n'est plus, S'attriste, lui dont la pure gloire est éteinte, «
Que les temps aient été si vite révolus.
Au milieu d'un massif bas qui se décolore. Un faune enfant tout délabré s'accoude encore, Baissant la lèvre où fut sa flûte de roseaux.
Et, voyant que le jour tout à fait le délaisse, Le Temple, avec sa froide image dans les eaux. S'enfonce plus profondément dans la tristesse.
Le pavillon où vit le souvenir des rois Dresse sa colonnade au détour de l'allée.
Mais la pluie et le vent ont usé ses parois, Et mainte pierre en gît sur le sable étalée.
Pareil, dans le soir triste, à quelque mausolée Où ne reviendraient plus les amis d'autrefois, 11 semble, pour gémir, qu'il emprunte la voix De l'automne par qui sa vitre est ébranlée.
L'eau ruisselle aux degrés de marbre par quartiers
Fendus et que l'ortie a conquis tout entiers,
Et tandis que le bouc, inscrit au front des portes,
Impassible, poursuit son rêve obscur, l'autan Redouble méchamment de rago, et l'on entend Sinistrement, partout, craquer les branches mortes.
{Le Signe, nouv. éd., 1807.) (1887.)