L'AUBE SOUS BOIS
Le ciel laiteux où tremble une étoile dernière
Se colore nu levant d'une vague lumière
Qui se coule et s'étahî à travers les taillis;
Le petit jour frileux entrouvre ses yeux gris, S'étire, bi^ille et souffle des vapeurs Sur les buissons d'aubépines en fleurs.
Un peu de rose, un peu d'or pùle, un peu do mauve,
Nuancent les volutes do la brume; Dans le ravin où sont rangés des bois en g'rume On entend s'ébrouer des fauves.
Par l'aube qui grandit voici se déplisser
Les collerettes des pervenches, Mais les pins paresseux ont peine à secouer
Les pans de nuit que retiennent leurs branches.
Enfin, de larges feux embrasent l'horizon, L'air frais tiédit, les hautes frondaisons
Rient au réveil jaseur des merles; Et le matin, semant partout d'humides perles,
Pare les toiles d'araignées
D'une résille de rosée.
Premiers rais du soleil parmi la sylve heureuse, Fourrés vivifiés de parfums véhéments.
Chant des ramiers dans les ramures onduleuses, Emprise ardente du printemps...
Chère, soyons pareils à la vigne sauvage
Et au lierre amoureux qui la tient en ses bras.
L'herbe jeune frémit où se posent tes pas,
Tes baisers ont le goût des fleurs et des feuillages,
Et la montée impétueuse de la sève
Unit nos cœurs, nos corps, nos regards et nos rêves.
{Poésies, 1891-1006, Poèmes de la Forêt.) Désert d'Apremont (Fontainebleau).
ERNEST RAYNA;UD
D'origine languedocienne par son père, et ardennaise par sa mère, M. Ernest-Gabriel-Nicolas Raynaud est né à Paris lo 22 février 1864. Ses études terminées, il poursuivit parallèlement la carrière administrative et la carrière des lettres. Dabord secrétaire de commissariat à Paris et ensuite officier do paix, il fut nommé commissaire de police successivement aux quartiers Saint- Lambert, Necker el à celui de Plaisance. A ses débuts, il collabora à Lutcce, se lia avec Verlaine, dirigea, en compagnie de feu Anatole Baju, le Dccadent. puis contribua à la fondation du Mercure de France. Il a donne à cette dernièro publication des pages de critique et une partie des j^oèmes qui constituèrent ses premiers recueils. Par la suite, il participa, avec Jean Moréas, Maurice du Plessys, lîaymond de la Tailhèdo, aux manifestations de l'école dite « Romane », laquelle, étrange conception, tenta de rénover l'art de la Pléiade, Enfin, il a donué six volumes de poésies : Le Signe (Paris, au Décadent, 18S7, et Paris, Bibl. art. et littér., 189", in-18); Chairs profanes (Paris, Vanier, 1889, in-18); Les Cornes du Faune (Paris, Ribl. art. et littér., 1890, petit in-18) ; Le Bocage (ibid., 189r., in-18) ; La Tour d'ivoire (ibid., 1899, in-18); La Couronne des Jours (Paris, Mercure de France, 1905, in-18), eten collaboration avec M.Léon Rio» tor, une comédie eu un acte, Noce bourgeoise, etc. (Paris, Ribl. artist. et littér., 1892, in-16).
La poésie de M. Ernest Raynatid, d'un archaïsme un peu maniéré, n'est pas dépourvue de grAce rustique. Elle emprunte la voix du souvenir i>our cébibrer discrètement, mais avec uno sincérit('! touchante et uno. belle science du rythme, les sites que le poète a connus et aimés.
Rini.ioaRAPiiii;. — F. Clorgct, E. Uaynaud, Paris, Bibl. de l'Association, 1905, in-18. — Ad. van Bcver et P. Léaulaiid, l'o'etes d'aujourd'hui, nouv. édil., tomo II.
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