A LA FONTAINE DE MÉDICIS
JARDIN DU LUXEMBOIRG
J'écoule la chanson de tes bois, de tes fleurs
Et de tes belles eaux, O fontaine admirable en qui coulent les pleurs
De la nymphe aux roseaux;
Médicls est ton nom, et la voix éloquente
Des beaux enfants de marbre Qui rient en se mirant dans tes eaux transparentes,
Le redit aux grands arbres ;
Quand le soleil est beau sur la cime des pins
Et que les nids légers Balancent leurs concerts au-dessus du bassin.
Quand tout est ombragé,
Alors — ô magnifique Fontaine — tu verses
Tes eaux en abondance, Et tes flots emportés au vent qui les disperse
Retombent en cadence,
Semblables à ces pleurs cristallins que les yeux
Des vierges et des lys Versaient éloquemment sur le corps délicieux
Du sublime Adonis...
Des poissons éclatants aux écailles nacrées
Scintillent dans tes ondes Et peuplent de reflets les lueurs ignorées
De tes cités profondes ;
Des guirlandes de lieri'e et de myrte mêlées
Dessinent sur tes eaux Un éclatant jardin ; des sillages ailés
De feuilles et d'oiseaux
Mêlent leur poids léger à celui que tu portes,
Et lorsque Aient l'automne Tes flots à leur miroir mêlent des feuilles mortes
Et des lys monotones...
Mais le silence est doux qui monte de tes bords,
Et le calme léger Des vasques, des amants, du bois, des poissons d'or
Qui gardent ta beauté!
Atis et Galatée, près du noir Polyphème,
Tous les deux admirables, Dessinent sur le beau décor do ta fontaine
Un poème de marbre:
Kt rien n'est plus divin sur tes eaux, M^UIicis,
Que ce couple charmant Que lamour, le bassin, les ondes et les lys
Défendent du Titan!
Rien n'est plus délicat et rien ne rassérène
Plus le cœur du poète Que tes pleurs, tes reflets, tes feuilles — ô fontaine!
Et que les belles fêtes
Qu'allume sur tes bords et qu'en riches couleurs
Le souverain Amour Construit de ses baisers, de son arc, de ses fleurs, #
Au fond du Luxembourg!
CHANSON D'ILE-DE-FRANCEi
Ma sœur mignonne qui filez De vos minces doigts effilés
De blancs fils de la Vierge, Filez pour le roi de Thulé,
1 . Cette pièce a paru sous le lilre : Chanson du Trouvire, dans- ' f'ijwTiei' Français du 8 juillet IS!}4.
Qui dort entre la mort des cierges, La blanche étoffe lé par lé;
Ma sœur des roses qui dormez A l'ombre des bois parfumés, Vos mains l'une sur l'une, Filez aussi pour mon ennui Les rayons pâles de la lune Et des étoiles de la nuit;
Ma sœur des brises qui riez Dans le grand vent des peupliers
Et dans le chant des brises, Filez sur la quenouille d'or Pour mes vieux rêves de nuits grises Des berceuses d'enfant qui dort; Ma sœur aux beaux yeux de douceur, Aux légers cheveux blonds, ma sœur,
De vos mains bonnes de madone Filez encore sur mon cœur, De votre geste qui pardonne, Une guirlande d'autres fleurs :
Vous savez de ces fleurs d'amour, Comme il en pousse près lu tour.
Sous les fils de la Vierge, Filez, ma sœur, pour mon sommeil, En flammes pAles de longs cierges Violettes et pavots vermeils...