‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 259 sur 284 · HAUT ET BAS LIMOUSIN · texte numérisé non relu

HAUT ET BAS LIMOUSIN

HAUTE ET BASSE MARCHE, NONTROXNAIS, CONFOLEXTAIS,

COMBRAILLE, FRANC-ALLEU

« Environ 2000 ans avant l'ère chrétienne, c'est-à-dire il y a 4.000 ans, écrit M. Johannès Plantadis, un peuple d'origine celtique, les Lémovices ou Lénaoviques, partit de l'Est, do la Germanie sans doute, et s'en fut droit vers l'ouest, où se couchait le soleil. Il marcha tant que la terre ferme le porta; mais lorsqu'il al)orda aux marécages qui commençaient la contrée connue aujourd'hui sous les noms de Poitou, Angoumois et Périgord, il s'arrêta et s'établit sur le sol granitique dont les immenses étendues s'oH'raient à sou activité. Ce pays prit le nom de son peuple : on l'appela Limousin'. »

La Marche [Marchia Lemovicina) et le Limousin ou Limosia proprement dit [Lemoviccnsis Tractas) figurent parmi les provinces centrales de la France. Elles se rattachent tout à la fois au nord par le climat, l'aspect du sol, et au midi par le dialecte- La première borne, au sud. la seconde, et confine, par le septentrion, avec le Berry. On lui a donné le nom de Marche-, parce qu'elle servait de frontière au royaume d'Aquitaine. Le Limoilfc sin, limité à l'est par l'Auvergne, a pour lisières au sud le Quercy, à l'ouest le Périgord. La Marche a vingt-trois lieues

1. La Division n'gionale de la France. Le Limousin; Action rcgionalislc, déc. 1907.

•1. « La Marche limousine, observe encore M. Jean Plantadis, marquisat tout daborti , puis comté, semble dater de la première moitié du x» siècle... Elle est unie au Limousin par une communauté d'origine, de langue, de tradition et de culture. Elle est encore du diocèse de Limoges et ne dut d'ôtre morcelée et détachée du bloc initial qu'à de très puissants intérêts de familles féodales, dont elle constitua un apport dotal. Elle ne saurait donc former une province propre, avec des caractères distiuctifs. Aux confins du Massif central, à la limite des pays de langue d'oc, elle fut une frontière, une 7narche, comme on disait au moven àsre. »

de long sur quinze de large, et elle occupe nn espace d'onviron deuK cents lieues carrées; le Limousin, dont l'étendue est de vingt lieues en longueur sur autant de largeur, présente à sa surface un développement de trois cent trente lieues : c'est donc, observe un géographe du siècle dernier', une superficie totale pour les deux provinces de cinq cent trente lieues carrées. « Plusieurs chaînes de montagne, ajoute le môme auteur, traversent la Marche et y multiplient à l'infini les accidents du terrain : celle du centre, ligne continue, s'étend du nord-ouest au sud-ouest. Une autre, la Gartaupe, point de départ de plusieurs ramifications, pénètre dans le Limousin. Une troisième enfin , commune à la Marche , au Limousin et à l'Auvergne, forme un vaste plateau d'où les eaux se distribuent sur tous les points de l'hori/on en un grand nombre de courants qui ■suivent les diverses pentes du sol, »

Dans son remarquable Tableau de la g-éographie de la France ''. M. P. Vidal de la Blache a parfaitement dégagé la saisissante personnalité du Limousin et de la Marche-

a A l'ouest de la chaîne des puys, qui marque l'extrême limite de cette direction des poussées volcaniques, dit-il, le granit prend possession du sol; à l'Auvergne succède le Limousin. L'altitude diminue graduellement. Nul point n'y atteint 1.000 mètres, même sur le plateau sauvage d(! Millevaches. sorte de Highlands de la France centrale, avec leurs franges d'étroitis et creuses vallées. L'aspect montagneux s'atténue ; de plus en plus, Lt contrée se modèle sur un plan où les ondulations et les •croupes en alternances régulières atteignent les mêmes niveaux. A partir du méridien de Limoges, le niveau s'abaisse encore <lavanlage. Seules les croupes arrondies de quelques massifs isolés, comme les monts de Blond et le Puy de Chalus, dres- ■sent encore quelques saillies au-dessus de 500 mètres. Encore uue cinquantaine de kilomètres vers l'ouest, et les roches primitives disparaîtront de la surface ; le Massif semblera terminé, •et sa prolongation souterraine vers le Poitou ne se décèlera (juc par des ])ointements isoles.

« Le gué ou passage qui a fixé la position de Limoges est im ;i)oint vers lequel ont converge nalurellcmeut les roules. La voie venant do l'.Vuvorgne y rc-ucoulrait celle qui, <los centres gaulois de Bourges et d'.\rpenton, se dirigeait vers l'érigueuK <;t les vallées du sud -ouest. Celle-ci était «ne très ancienne voie de peuples, qui préexistait certainement à la dtunitiatioii romaine. Traversant à son exlréniilé le Massif central, elle y renconirail les vieilles exploitations d'clain dont les traces «ubsistenl au sud des mouls de Blond (Vaury). Lu nombre (!<"'

1 . Aristide Ouilltcrl, Histoire des ville» de France, t. Vt {fJmonsii

2. hilroihicliou a Y Histoire do France, d'K. Lavisse, t. I<",p. 3"

monuments mégalithiques atteste dans l'ouest du Limousin une fréquentation très ancienne. Il semble bien aussi ([ue les traînées de population dolichocéphale blonde, que l'anthropologie constate entre Bourges et Limoges, aient suivi la direction de cette route.

« Etape nécessaire au croisement des directions venues de

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l'Est et du Nord, nœud de routes vers Saintes et l'Océan, Limoges dut à sa position d'intermédiaire une importance précoce. Ce fat une ville tournée vers le dehors, foyer de propagande chrétienne avec Saint-Martial, sanctuaire renommé et l)utde pèlerinages, comme Saint-Léonard, son voisin: ce fut un centre commercial, où des colonies de marchands étrangers s'établirent. Dans l'art original de l'émaillerie qui fit sa gloire, dans les constructions romanes qui s'y élevèrent, dans la littérature des troubadours, on saisit les indices d'une vie très précoce, qui a ses sources propres, et dont l'éclosion n'a rien

de commun avec les influences qui soufflaient alors au nord de la Loire. Elle fleurit plus tôt que la vie du Nord; elle décline quand l'autre commence, n

C'est i^ar sa langue, a-t-on dit, que la race limousine s'est perpétuée historiquement. Rien n'est plus vrai. En elTet, tandis que lesprit de conquête s'avance jusqu'à la Dordogne et à la Gironde, que la langue d'oïl pénètre peu à peu en Poitou et en Guyenne, le Limousin, « à peine entamé au nord, vers les Marches » , garde jalousement son dialecte.

Il possède une langue consacrée par les siècles, connue au loin et d'une vivante originalité. Née de l'alliance du celtique et du latin, auxquels se mêlèrent un petit nombre de mots grecs, empruntés à la colonie de Marseille, quelques termes d'origine germanique, dus à la conquête française du v» siècle, d'autres provenant de l'occupation anglaise dans le Midi, des invasions sarrasines et môme normandes, cette langue était complètement formée dès les premiers temps du moyen âge. Dans les xi«, xn° et xiii» siècles, elle avait ses troubadours comme le provençal, et les œuvres de ses poètes, répandues dans toute la France, y popularisaient la langue romane. On sait que, vers 1212, l'idiome limousin avait pénétré en Catalogne, à Valence, à Majorque, à Minorque, ainsi que dans la Cerdagne et le Roussillon, où on l'appelait encore il y a peu d'années lin^nia lenwusina. Les alliances des ducs d'Aquitaine et des vicomtes do Limoges avec les comtes de Barcelone et plusieurs autres puissants seigneurs de l'Espagne; la fréquence des rapports et des visites de part et d'autre, et surfout, dit-on, l'usage qu'avaient les Espagnols de laisser aux émigrants le soin de labourer, d'ensemencer et moissonner leurs champs, tout contribua à répandre la langue limousine au delà dos Pyrénées. Elle s'enrichit alors par contre-coup de mots et do formes du terroir qu'il est encore facile de reconnaître aujourd'hui à leur allure castillane. Raymond Lulle écrivit en dialecte limousin sa Philosophie d'Amour (1298), et Pierre IV publia dans cette muuo langue les lois do son royaume d'Aragon (1344)1.

En terre française rayonnait la gloire des poètes limousins. • Des centres de poésie courtoise .s'élabli.ssaiont à Reims, à Hlois, à Paris, et les troubadours do la fin du xii' au coinmcnccm<!nt du xiil" siècle servaient do modèle aux trouvères Couoo de Rétliune, Gacé Brûlé, au sire de Couci, à 'riiii)ault do Chnmj)agne, etc. » En Hernard do Ventadour, Giraud de Borreilli et Rertrand de Rorn se résume toute la poésie; lyrique et clu'valcrcsquo d'une époque. Apres une période dite classique, c'està-dire à partir do la Seconde moitié du xiv» siècle, la littérature

i. Cf. Aristide Guilbcrl.

limousine, qui a brillé d'un éclat incomparable, cesse de s'exprimer. La Renaissance est proche. Ainsi que la très bien observé Camille Chabaneaui, au xv» siècle la langue d'oc louche ■à son déclin. Les documents limousins de ce temps présentent a trace de plus en plus marquée de linfluencc du français. Au moment où le xvi« siècle se précise, le bel idiome des troubadours est déjà devenu le patois moderne. Le français domine partout. Le limousin, réservé aux usages vulgaires, est employé dans les relations épistolaires : la littérature l'exclut, et ceux qui composent encore en cette langue sont ou des écrivains populaires ou des lettrés qui ne songent qu'à se distraire de travaux sérieux et à amuser leur lecteur. De 1555 à 1640 environ, en exécution d'une disposition testamentaire d'un avocat au siège royal de Tulle, Jean Teyssier, des prix annuels sont décernés le premier dimanche de mai, par les magistrats de cette ville, aux auteurs des trois meilleures compositions en vers latins, français et limousins traitant de « la louenge et noblesse du sainct mariage ». Le temps n'a pas respecté le souvenir de ces ouvrages vraisemblablement médiocres. Personne ne les regrettera. C'est là d'ailleurs, ajouterons-nous, tout l'apport du xvi« siècle. Le xvii«, quoique moins ignoré, ne sera pas plus riche. 11 nous fournira, comme poésies dialectales, un noël de Bertrand de la Tour, chanoine de Tulle dès 1602 -, un poème de près de neuf cents vers et un cantique sur sainte Valérie, tous deux sans nom d'auteur et composés, sans nul doute, à Limoges en 1641 3; enûn, une Ode assez remarquable d'un sieur Philippe Le Goust*, médecin, né à Confolens, et une chanson patoise, qui se chante encore, de Siméon Poylevé , consul de Limoges en 1652'*. Ajoutons à cela deux pastorales dans le goût du temps, l'une intitulée Les Amours de Colin et Alyson, par F. R. (Ilempnoux), de Chabanois (1641, in-4o) ; l'autre dénommée Capiote''^, d'auteur anonyme, celte dernière remplie d'allusions à des événements intéressant l'histoire de la province.

1. La Langue et la Littérature du Limousin, Paris, Maisonneuvc, 1882, in-S».

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