‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 267 sur 284 · DE LA CONDITION D'AUCULNES FEMMES DE TULLE · texte numérisé non relu

DE LA CONDITION D'AUCULNES FEMMES DE TULLE

Pour un sot ou quelque inarault, J'entends tant ailleurs comme à Tulle, Mainte femme et fille s'accule, Plustost que pour un qui mieux vault.

Si un honneste homme l'assault, Elle fuit; mais point ne recule Pour un sot.

L'aulne se vend plus que ne fault.

Et nen desplaise point à nulle Qui pour faire cela, anuUe Celuy qui d'esprit n'a deffault Pour un sot.

{Les Divers Rapports, 1544,]

JOACHIM BLANCIiON

{xvi« siècle)

Si son nom n'était aujourd'hui complètement inconnu, Joachim Blanchon demeurerait parmi les élèves de Ronsard. Il y a pourtant mieux qu'une servile imitation dans les quelques feuillets qu'il nous a laissés sous ce titre modeste : Les Premières Œuvres poétiques; etc. (Paris, pour Thomas Perrier, 158.'}, petit in-8»). Entre le grand chantre de la Pléiade et ce petit poète du Limousin, dont la veine lyrique fut peu féconde, on trouverait bien des points de contact, trahis par une même source d'inspiration. Tels vers qu'il traça un peu fébrilement, comme pour marquer une étape de sa vie sentimentale, valent certes toutes les rimes à l'italienne d'un Poutus do Tyard, Qu'on lise ses stances :

Si vous voulez savoir le loyer que je veux,

et l'on ne tardera pas à s'apercevoir qu'il y a mieux qu'une jonglerie de mots dans son art, mais l'aveu d'une sensibilité rare au xvi® siècle. Sa vie nous est totalement inconnue, et quelque effort qu'on fasse, après l'abbé Gougct, pour la reconstituer, il ne nous en reste que des témoignages fort vagues, épnrs dans son (L'Uvre de poète : sorte d'annotation aux marges d'une obscure destinée. On sait seulement qu'il était de Limoges. Dorât n'a pas manqué de nous le faire connaître dans des vers latins consacrés à sa louange.

BiBLlOGRAiMiiE. — (iouget, Viblioth. françoisCy t. XIII, p. 164.

ODE A M. DOUAT, POETE DU ROY [sur la ville de limoges]

La Destinée fatale Donne à ta ville natale Le Prix d'avoir enfanté

Des hommes de qui la Gloire Durera à la Mémoire De toute Postérité, Que Pliœbus dessus sa Lyre, Sur tous a voulu eslire Pour perpétuer leur nom, Et Calliope, sçavante, Sur l'antiquité se vante D'éterniser leur Renom.

Or d'autant que tu les dore, D'un bel or que l'on adore, Dorât, je veux faire voir Que Limoges est la Prime Qui doibt avoir plus d'estime Comme source du sçavoir.

Ta première expérience, En toute belle Science, Borne la gloire de tous, Et comme la ville mère, Se vantoit de son Homère, Aultant d'honneur avons nous.

Je veux dire l'influence, Je veux dire l'affluence Dont elle se peult vanter; L'honneur de sa nourriture, Et tout ce que la Nature Luy a voulu présenter.

Bourdeaux vante son Ausone, Comme Florence resonne Son Pétrarque bien disant.

Mais ta féconde Nourrice Te void le premier en Lice De ceulx que l'on va prisant.

Et pour s'honorer encore Du lustre qui la décore, Son Dubois elle faict voir, Et son Muret qu'une Romme Dessus toute autre renomme Pour son éloquent sçavoir.

Mais ne feray-je reluyre Un qu'entre tous y doibt luyre,

5â2 LES POÈTES DU TERROIR

Son lieutenant gênerai, De Petiot, dont la prudence Manifeste en évidence Qu'il ne reçoit point d'esgal; Et l'excellence d'Athènes, D'un nombre de Demosthènes Que j'y vois communément, Qui d'un bel art Oratoire Se font ofiyr au Prétoire Et luy servent d'ornement.

Me taircray-je du nombre.

De ceulx qui d'une nuict sombre Ont faict reluyre un beau jour?

Et qui compagnons d'Ascrée, Ont beu dans l'onde sacrée A l'Hippocrene séjour.

Ne suyvray-je la Lumière, A la France coustumiere, De Guery et de BeaubrueiP?

Desquelz la mémoire sainte Ne sera jamais esteinte Par le funèbre cercueil.

En son Ode pastoralle Bastier*, ce Belleau esgalle, Qui soubz forme de Berger Chante les Roys et leur Kace, Et sur le mont de Parnasse Premier s'est voulu loger.

De marchands elle s'honore Qui jusqu'au Libicque More On estendu leur renom ; Et sur les ondes salées Des mers les plus reculées Ont faict adveror leur nom.

Là, l'artisan y travaille, Afin que son gain lui vaille

t. Jean de iJoaubrouil, avocat au présidial de Limoges et poMc latin »iu xvi« siècle, dont on a une Iragôdic, Atilie (Atilius liegutns), lA-

ÏBOgOS.

■2. Basticr de la l'crusc. Il rtait n6, non point au pays limousin, mais eu Augoumois.

LIMOUSIN ET MARCIIR

A augmenter sa maison;

Là les Muses s'y nourrissent,

Et tous les Arts y fleurissent,

En lune et l'aultre saison.

Tairerai-je soubs silence

La sur-artiste excellence,

De l'estimable Decourt,

Que tout l'Univers appelle

L'admirable esprit d'Appelle,

A'eu en la rovalle court.

Ne reluyra ta Patrie

De la soavante industrie

De mille aultres bons Esprits,

D'un Vigier pour l'esmailleure,

Et de la Science meilleure

D'un Corteys des mieux appris.

Dorât, ta ville est dorée

D'une richesse adorée.

Plus que le trésor Indois;

Et de ma Lyre d'ivoyre,

Pour n'estre ingrat à sa gloire.

Je veux animer mes doigts.

La Révolte quadruplée

De la France repeuplée

N'a varié son honneur;

Elle ne fust oncq rebelle,

Sa foy est tousjours plus belle,

Yers son naturel Seigneur;

Et si comme moy tu l'ayme,

Poussé dun amour extrême, •

Tu animeras tes vers

A chanter son excellence

Et ne mettras soubs silence

L'or qui luyt par l'Univers.

[Premières Œiunes poétiques^ 1583.)

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