TRISTAN L'HERMITE
François Tristan l'Hermite vit le jour à la fia do 1509, ou on T600, au château de Soliers, à cinq kilomètres de Janailhat, dans la Haute Marche.
« Parmi quelques fictions dont il peut avoir embelli son Page disgracié, ouvrage en prose, qu'il donna en 1643, en deux volumes, on y trouve, dit M. l'abbé d'Olivet (IJist. de VAcadcinie française), la véritable histoire de sa jeunesse. On y voit qu'il se disoit issu d'une maison très ancienne, jusqu'à compter parmi ses ancêtres le fameux Pierre l'Hermite, auteur de la première croisade; et Tristan l'Hermite, grand Prévôt sous Louis XI ; que dans son enfance il fut amené à la Cour, et mis, en qualité de gentilhom/ne d'honneur, auprès du marquis de Verneuil, fils naturel de Henri IV; qu'à l'âge d'environ treize ans, s'étant battu contre un garde du corps qu'il tua, il prit la fuite et se sauva en Angleterre, d'où, après diverses aventures, il voulut passer à la cour de Castilh; pour s'y présenter au connétable Jean de Vélasque, son parent; mais qu'eu traversant la France incognito, lorsqu'il fut en Poitou, il manqua d'argent et de tout secours pour continuer son voyage. Dans cel embarras, il fut assez heureux pour trouver entrée chez l'illustre Scévole de Sainte-Martlie, qui s'éloit retiré à Loudun, sa patrie. Tristan passa dans cette maison quinze ou seize mois. Après quoi, M. do Sainte-Marthe le fit entrer, en qualité de secrétaire, chez le marquis de Villars-Montpezat, c[ui dcmeuroit au grand Précigny, on Touraine. A quelque temps de là, ce marquis fut appelé par lo duc de Mayenne, à Rordcaux, et y mena son secrétaire: la cour y passa en 1620. Tristan, qui jusqu'alors avoit déguisé à ses maîtres son nom et sa naissance, fut enfin reconnu par M. d'Humières, premier gentilhomme de la chambre, et obtint sa grâce de Louis XIII, qui lui fit môme amitié. Voilà i)ar où finissent les deux premiers livres du Page disgracie. Ils laissent Tristan à l'âge de dix-huit ans. 11 en iiromcttoit deux autres livres qit'il m'a point publiés. Ainsi, sur le reste de sa vie, nul détail. Tout ce qu'on eu sait, c'est qu'étant poète, joueur de jirofession et gentilhomme de Gaston duc d'OrléanSjfrére unique de Louis XIII,
aucun do ces trois niiJtiers ne l'enrichît. Il avoit quitté le duc d'Orléans plusieurs années avant sa mort, s'étoit attaché au duc de Guise en 1646, et avoit été reçu à l'Académie IVançoise en 1649. Il mourut pulmonique à l'hùtel de Guise même, le 7 septembre 1655. Il fut enterré à Saint-Jean en Grève, comme ou l'apprend de la Gazette de Loret, du 11 septembre de la même année'... »
Outre le Pctf;c disgracie, dont on a vu ci-dessus la date de publication, Tristan l'Hermite a fait paraître quatre recueil^ de poésies : Plaintes d'Acante et autres œuvres, etc. (Anvers, H. Aerlissens, 1633, in-4», et Paris, Hillaino, 1634, in-4<'): Les Amours de Tristan- (Paris, IJillainc et A. Courbé, 1638, in-4«- Paris, Quinet, 1662, petit in-12); La Lyre, etc. (Paris, A. Courbé: 1641, in-4»): Les Vers héroïques, etc. (A Paris, chez l'auteur,
1648, in-4"): des Lettres mcslées (Paris, Courbé, 1642, in-12), des prières et de pieuses méditations, L'Office de la Sainte Vierge (Paris, Des-Hayes, 1646, in-12, réimpr. en 165'^, 1656 et 1664, in-12): des pièces de théâtre, tragiques ou comiques, La Marianinc (Paris, Courbé. 1637, 1639 et 1644, in-4») : Panthce (ibid., 1639, in-4''): La Folie du Sage C? avis. T . Quinet, 1643, iu-4",
1649, in-12) : La Mort de Sèneque (ibid., 1645, in-4», 1646 et 1647, in-8<>); Z,a Mort de Chrispe, etc. (Paris, C. Bcsongne, 1645,in-4<'). La Céliniène de M. de Rotrou accommodée sous le nom d'Amaryllis, pastorale (Paris, Sommaville, 1653,in-4°, et Paris, G. de Luynes, 1661, in-12); Je Parasite (Paris, Courbé, 1654, in-4<>); Osman (Paris, G. de Luvnes, 1656, in-12); des Plaidoyers historiques (Paris, A. de Sommaville, etc., 1G43, in-12: Lyon, Cl. de La Rivière, 1649 et 16 50, petit in-8») : enfin divers ouvragis eu prose et en vers dont on trouvera le détail dans une édition des Plus belles Pages du poète, que nous venons de faire paraître à la librairie du Mercure de France (Paris, 1909. un vol. petit in-12).
Ajoutons que le Théâtre complet de Tristan a été réimprimé par les soins de M. N.-M. Bernardin « en la Maison des Poèt§s » (1900-1906, 10 fasc. in-16) : et que la Société des Textes français modernes prépare une nouvelle version des poésies lyriques de cet auteur. Cette dernière doit voir le jour sons les auspices d'un sieur Jacques Normand (lisez Jacques Madeleine),, assez médiocre compilateur, ce qui nous dispense d'tn parler davantage.
« Tristan, avons-nous observé déjà, n'a presque rien de nos vieux auteurs, hormis les images et un choix dépithètes qui sentent leurs origines. Son éloquence, et plus encore ce mélange de préciosité et de recherche psychique quou trouve dans
\ . Abbé Goujet, Bibliothèque française, xvi, p. 203. "l. C'est la réimpression augmentée et modifiée des Plaintes d'Acante.
ses moindros productions, le désignent comme un des habiles interprètes de ce xvii" siècle qui allait ceindre au front de Jean Racine l'auréole de gloire. Quelques-uns ont vu même en Tristan une manière de précurseur du grand tragique. Il nous apparai't tout autre et tel que ses contemporains le connurent, lorsqu'il eut rimé Les Amours, La Lyre et les Vers Héroïques, c'est-à-dire un lyrique un peu froid et contenu, d'une inspiration et d'une tendresse mesurées, d'un charme discret, sûr de ses moyens, ne laissant rien au hasard, faisant d'une stance ou d'un sonnet une chose délicate et précieuse, comme un objet d'orfèvrerie ou de joaillerie. Sa place dans l'histoire de la poésie française est près de Théophile qu'il continue, mais c'est un esprit original que rien ne saurait contraindre ni arrêter... M. Pierre Quillard a dit que, comme Théophile, comme Saint- Amant, il sut, bien avant Lamartine et Hugo, intéresser le monde extérieur à la mélancolie des hommes. Le bruissement des feuilles, l'éclat du ciel, la voix des eaux, a-t-on écrit encore, se mêlent dans ses vers aux plaintes et aux désirs des âmes en peine.
« Rien n'est plus juste. Ce classique est un romantique à sa manière; c'est, en outre, un « impressionniste » que les manifestations de la nature ne laissèrent jamais indill'érent et qui anima humainement les paysages qu'il décrivit... Mais il n'y a pas seulement un précurseur en Tristan l'Hermite; il y a un homme du xviio siècle, qui vit sa vie, sans s'inquiéter dujugement de la postérité, et un artiste qui renoue la tradition.
« Il apjjorte le haut témoignage de ce que la culture et la race ont produit de plus pur sur notre sol '... »
Bibliographie. — N.-M. Bernardin, Un Précurseur de Racine, F. Tristan l'IIermitc, etc., Fnrls, Picard, 1805, in-S»; Postface à l'éd. des Œuvres dramatiques de Tristan, publ. par la a Maison des Poètes », 1907, fasc. 10. — Ad. van Bevcr, Notice et Bibliographie, Ed. de Tristan L'Hermite, 1909.