‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 269 sur 284 · Fragment · texte numérisé non relu

Fragment

Ces flots, lassez de l'exercice Qu'ils ont fait dessus ce gravier, Se reposent dans ce Vivier Où mourut autrefois Narcisse.

C'est un des miroirs où le Faune Vient voir si son teint cranioisy, Depuis que l'Amour l'a saisy.

Ne seroit point devenu jaune.

L'ombre de cette fleur vermeille, Et celle de ces joncs pendans Paroissent estre là dedans Les songes de l'eau qui sommeille

Les plus aimables influences Qui rajeunissent l'Univers, Ont relevé ces tapis vers De fleurs de toutes les nuances.

Dans ce bois, ny dans ces montagnes, Jamais chasseur ne vint encore :

Si quelqu'un y sonne du cor.

C'est Diane avec ses compagnes.

Ce vieux Chcsne a des marques saintes ; Sans doute qui le couperoit, Le sang chaud en découleroit, Et l'arbre pousseroit des plaintes.

Ce Rossignol, mélancolique Du souvenir de son malheur, Tasche do charmer sa douleur, Mettant son histoire en musique.

Il reprend sa note première, Pour chanter d'un art sans pareil Sous ce rameau que le Soleil A doré d'un trait de lumière.

Sur ce fresne, deux tourterelles S'entretiennent de leurs tourmeiis, Et font les doux appointemens De leurs amoureuses querelles.

Un jour Venus avec Anchise Parmy ses forts s'alloit perdant;

Et deux Amours, en l'attendant, Disputoient pour une cerise.

Dans toutes ces routes divines.

Les Nymphes dancent aux chansons, Et donnent la gi-âce aux buissons De porter des fleurs sans espines.

Jamais les vents ny le tonnerre N'ont troublé la paix de ces lieux; Et la complaisance des Dieux Y sourit toujours à la Terre...

{Les Amours, 1638.)

ODE A M. DE CHAUDEBOXNE

Toy, que d'une voy générale, Mars et l'amour ont avoiié, Et que les autres ont doué D'une humeur franche et libérale, Chaudebonne, puisque le Ciel A gardé pour moy tant de fiel.

Ne t'oppose point à sa hayne ; Et ne vas point mal à propos Te donner tant soit peu de peine Pour m'acquérir plus de repos.

Laisse faire îi la Destinée, Il ne faut pas s'imaginer Qu'en l'humeur de m'importuner Elle soit tousjours obstinée.

Comme on void, a})rè3 les frimas Dont l'Hyver glace nos climats, La douceur du Printemps renaistre, Mes jours sortiront de leur nuict, Et mon bonheur touche peut-estre Au malheur dont je suis destruit.

Si CCS Astres, dont l'influence Préside à mes prospérités, Hoidisscnt leurs sévéï-itcz Contre ma petite espérance :

Emportant bien tost loin d'icy Toutes les pointes du soucy Que me donne cette avanture, J'iray perdre dans ma Maison Les ressentiments d'une injure Dont je ne sçais pas la raison.

Sous des monts tels que ceux de Thrace,

Où le froid est presque tousjours,

On descouvre de vieilles Tours

Où je puis cacher ma disgrâce.

Tous les ans, près de ce Chasleau,

Le dos d'un assez grand costeau

D'une blonde javelle esclate,

Et si l'air n'est bien en fureur,

Cette terre n'est guère ingrate

A la peine du laboureur.

Elle n'a qu'un défaut insigne, Qu'on répare chez les voisins :

C'est qu'on y void peu de raisins Pendre aux bras tortus de la vigne; Mais lorsque les prez sont fauchez, Et que les bleds, qu'on a couchez, Ont été serrés dans la grange, Bacchus y vient bien tost après.

Dans des chars tout pleins de vendange, Festoyer avecque Cérès.

Jamais le désir des richesses

Ne troublera mes sentimens ;

La Nature et les Elémens •

Me feront assez de largesses;

L'Or esclatant dont le Soleil

Vient couronner à son réveil

Le front orgueilleux des Montagnes,

Et l'argent pur qui va coulant

Sur l'esmail fleury des Campagnes,

Me rendent assez opulent.

La nuict, quand mille pierreries Luy donnent un peu de blancheur, Quand son silence et sa fraischeur

Flattent mes douces resveries,

L'Aurore avecque ses habits

Dont les Saphirs elles Rubis

Tentèrent lame de Géphale,

Et l'Iris offrant à mes yeux

Un Arc des couleurs de l'Opale,

M'oflrent tous les thrcsors des Cieux.

L'Echo d'un Bois ou d'un Rivage, Où les Bergers vont s'enquérir Du Destin qu'ils doivent courir Vivant sous l'amoureux servage.

La Musique de mille Oyseaux, Le bruit et la cheute des eaux Qui se précipitent des roches.

Et l'ombre au fort de la chaleur, Me feront de justes reproches, Si je m'y plains de mon malheur.

Puis, quand les procès, ou la guerre.

Que l'on ne sauroit éviter.

Ligués pour me persécuter, M'auroicnt désolé cette Terre ; Quand une ardente exhalaison Où quehjue grande trahison Auroient mis ma retraite en flamme, Ces maux sont aisez à guérir, Puisqu'il me reste encore en l'àme Des Biens qui ne s<jauroient périr...

{La Li/rc, If.'il,

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