Léon Bocquet, La Flandre
geste, ses poèmes épiques, s'enoroueillit des vers de Froissart et do Robert Gaguia, sa poésie est esseatielleiiient populaire. Lille, à l'égal des autres villes du Nord, eut sou Puy damour, SCS mystères dramatiques, ses fabliaux, ses chansons, ses satires de mœurs'. Le peuple flamand a gardé presque intacts ses dialectes. Deux langues se partagent la province : l'une d'origine tudesque, l'autre française. La Lys sépare leur domaine-. Le français et les patois Avallons-])icards dominent, plus bas. à Roul)aix. à Valenciennos, à Cambrai, etc. Ce dernier, au vocabulaire touffu, aux mots expressifs et imagés, mais dont l'harmonie est indigente par défaut de syllabes sonores et par excès de consonnes chantantes, reste la langue commune. U a eu longtemps ses rapsodes, satisfaits de dire oralement les coutumes et les faits locaux : Cottignies, dit IJrùle-Maison, puis le célèbre Desrousseaux, surnommé le Mistral du Septentrion '. Alexandre Desrousseaux réussit à fixer la langue instable de ses devanciers, à lui donner une grammaire, enfin à perpétuer j)ar le verbe la tradition des vieilles fêtes flamandes : le broqaetet, fête des dentellières; la braderie, foire nocturne de Lille dont aucune ville du Nord ne peut offrir l'équivalent. Il fonda cette école contemporaine qui s'affirme à Valencicnnes avec Georges Fidit, à Tourcoing avec Watteuw, et à Deuain avec le mineur Jules Mousseron*.
1. Voyez entre autres : Lille on vers burlesques, Les Embarras (lu jour de l'an, Les Mœurs des Lillois anciens et modernes ou Lille civilisée sous la domination française, par rétablissement des Académies, Les I^romenades de l'Esplanade, Sur l'imprimé citez. G.-E.
Vroi/e, etc., 1731, in-1:!. Réimpression de l'original (un exemplaire u la Bibliothèque nationale : Réserve Y" 4333). Louis Vermcsse, dans sou Dictionnaire des patois de la. I-'landre française, signale eu outre un recueil dcCliansons lilloises, par F.-K. Faucompré, bille, 1838, brochure. IVous n'avons pas vu cet ouvrage, mais nous supposons qu'il s'agit là d'une iiiiilalion des poèmes du célèbre Brùle-Maisou, alors fort goùlé eu Flandre.
2. A partir de Vieux-Bcrquin (mi-francais et mi-flamand), toull'arrondisseuieul de Ilazebrouck et celui de j[)unkcrquc, sauf vers Rosendael et Gravelines, parlent le vieux flamand. Les jeunes gens seuls ont quelque teinture de français, mais dans leur village ils délaissent volontiers la langue officielle pour le « parler» du cru. On consultera utilement àce sujet l'inléressaut travail de M. .1. Dewacliler, Le Flamand et le Français dans le nord de la France, in-S». (Voir notre Bibliogra|)lii(>.)
3. Louis V'crmc'sse en signale d'autres, des pasticheurs sans doute. Voyez les Chansons et Pasqnilles valenciennoises, par Querlinier, Valenciennos, 1801 ; puis les Chansons tournaisiennes, par A. Delmôe et A. Le Hay, etc.
4. Can)brai a, dit-on, aussi son poète en patois local : M. Cliailes Lamy, né le 3 octobre 1848. On lui doit une série de ])laqueltes, Passetimjts Kimberlot (Canibray, inq)r. Régnier frères, a fasc. in-8»), La
Plus productif dans ses manifestations anciennes apparaît l'idiome de la Flandre flamingante, pou dissemblal)lo de la langue parlée couramment dans une grande partie de la Belgiquo etqui reste le seul en usagée dès qu'on a dépassé le pays des Rues pour aller vers la mer du Nord. On lui doit, dit-ou, les litanies gracieuses des fleurs et les cantiques à la gloire de la bonne terre productrice. A ces deux formes expressives do l'esprit flamand, si l'on ajoute les témoignages de quelques écrivains
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lieu de naissance des poètes.
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français, dont l'œuvre nouvelle constitue une sorte de renaissance de la pensée flamande, l'on aura délini le caractère d'une de nos riches provinces.
A l'heure actuelle, la Flandre possède un certain nombre de poètes dignes d'être avantageusement connus. Nous avons fait
Vie de l'Ouvrier (ibid.), JSos douches et trisses saquois (ibid.), Uii tiot peu d' toutes sortes (ibid.), 5m?' ifes Geins d'nous autes. Contes d'pépère (ibid.). Sur des Saquois (ibid.). Les monologues, chansons et autres productions de Cii. Lamy n'ont été remarquées que parce qu'elles empruntent aux formes locales leur expression pittoresque. Dégagées de leurs parures verbales, ce sont d'assez pauvres ciioses dépourvues de couleur, de franc esprit, d'imaginaliou et surtout de celle grâce vivante qui rend durable toute œuvre populaire.
une place à MM. Auguste Dorchain, A. -M. Gossez, Léon Bocqiiet, Amédée Prouvost, Faute de pouvoir faire mieux, nous croyons devoir signaler à l'attention des lettrés MM. Edmond Blanguernon, Paul Castiaux. Achille Segard , René- Mary Clerfeyt, Emile Lante, Floris Delattre, Georges Houbron, Cliarles Droulers, etc.
Tous ces poètes ont célébré à l'envi le pays natal, cette Flandre des buveurs de bière, des kermesses et des dncasses, qui n'ignore rien de ses origines et demeure justement fiére de son passé; « la P'Iandre aux pâtures abondantes, aux champs bariolés, aux routes interminables bordées de saules et d'ormes, à l'ombre desquelles sont assises les fermes et les censés régulièrement alignées, pareilles en leur propreté aux intérieurs • hollandais; la Flandre des hauts fourneaux, des filatures et des centres miniers, où l'activité des fosses bourdonne et gronde sourdement...
Bibliographie. — Bruzen de la Martinière, Grand Diction-' naire, Géographie historique, etc., t. II, Paris, P.-G. Le Mercier, 1740, in-folio. — ExpiUy, Dictionn. histor., pol. et gcogr. de la France, etc., 1764. — G-A.-J. Hécard, Dictionn. rouchi-français, etc., 1833, in-8°. — Le Glay, Analectes historiques, etc., Lille, 1838, in-8". — Quenson, Gayant ou le Géant de Douai, etc., Douai, 1839, in-8». — Aristide Guilbert, Histoire des villes de France, t. III, Paris, Fume et C'«, 1845, in-8''. — H. Brimeel, Histoire popuL de Lille, Lille, 1848, in-8''. — Louis do Baecker, Chants historiques de la Flandre, Lille, 1855, in-8». — A. Dinaux, Descript. des Fêtes popul. données à Valenciennes le 11-13 mai 1851, par la Soc. des Incas, Lille, 1856, in-S". — P. Legrand, Dict. du patois de Lille, 1856. in-8». — E. de Coussinaker, Chants populaires des Flamands de France, rec. et publics avec les mélodies origin., une trad. frauç. et des notes, Gand, imprim. F. et E. Gysolyuck, 185G, iu-8». — Louis Vermosse, Vocabulaire du patois lillois, Lille, A. Béhaguc, 1861, in-12; Dictionnaire du patois de la Flandre française. Douai, L. Crépin, 1867, iu-8». — A. Durieux et A. Bruyelle, Chants et Chansons populaires du Cambrésis, avec les airs notés, Cambrai, Durieux, 1864-1868, 2 vol. in-8». — Em. Van den Busscho, Bibliographie des Flamands de France, etc., Lille, imprim. Lcfebvre-Ducrocq, 1867, in-8°. — Th. Denis, Qu'est-ce que Gayant, nouv. èdit. augm. d'un essai de Bibliographie Gayantesque, Douai, 1889, in-8». — A. Desrousseaux, Mœurs populaires de la Flandre française, Lille, L. Quarré, 1889, 2 vol. in-18. — C. Lootcn, La Langue des Flamands de France, 1\g\uo de Lille, 1890, I, p. 278; 1804, p. 435- 461; La Littérature des Flamands de France, Revue do Lille, 1890, II et III, etc. — Abbé Lcniiro, M. Dehacne et la Flandre, Lille, Désolée et de Browcr, 1891, in-S». — A. de Saint-Léger,
La Flandre rnaiit. et Dunkerque s. la domination franc., IG-'iO- 1189, Paris, Taillandier, 1900, ia-8». — A. -M. Gossez, J'oi-tcs du Nord, 1880'100'2, Morceaux choisis, Paris, Ollendorff, 1902, in-18j Les Provinces poétiques. Le Havre, La Province nouvelle, 1908, in-S". — Albert Grimaud, La Race et le Terroir, Cahors, Petite Biblioth. provinciale, 1903, in-S». — Léon Bocqiict, La Flandre, La Grande Revue, 1"' mai 19i)(j. — Emile Laute, La Braderie, La Grande Revue, 1"'' mai 1906. — Henry Pote/., De l'influence des écrivains du Nord sur la pensée française, La Grande Revue, 1« mail906. — Raoul Blanchard, La Flandre, Paris, Colin, 190G, in-8». — J. Michelet, Notre France, 9° éd., Paris, Colin, 1907, in-18. — H. Cochin, Tableaux flamands, Paris, Pion, 1908, in-18. — J. Dewachter, Le flamand et le français dans le nord de la France, avec une carte (Congères pour l'extens. et la cuit, de la langue fr., 2" session, Paris, Cliampion, 1908, iu-8").
Voir en outre : Hécart, Sur le goût des habitants de Valcncicnnes pour les lettres, 1826; — L. de Baecker, La langue flamande en France, 1893; — G. Kurtii, La Frontière linguistique en Belgique, 1890-1898; — Mk'' Dehaisnos, Les délimitations des langues dans le nord de la France (Bulletin de la Commission histor., 1897); — H. Taine, Carnets de Voyage (1863-1865), 1897;
— Vidal de la Blache, Tableau de la géogr. de la France. 1908;
— J.-H. Berlhou, Des chroniques et traditions surnaturelles de la Flandre, etc. ; — enfin la Revue du Nord, la Revue de Lille, La Vaclcttc (Lille), Annales de l'Fst et du Nord, La Flandre artiste, la Revue septentrionale, Le Beffroi, etc.
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