J. Michelel, Noire France
FLAN DU i: 4/
grossières. Et plus on avance au nord dans cette grasse Flandre, sous cette douce et humide atmosphère, plus la contrée s'amollit, plus la sensualité domine, plus la nature devient puissante. L'histoire, le récit, ne sufTist-nt plus à satisfaire le besoin de la réalité, l'exigence des sens. Les arts du dessin viennent au secours. La sculpture commence eu Franco même avec lo fameux disciple de Michel-Ange, Jean do Bologne*. L'architecture aussi prend l'essor; non plus la sobro et sévère architecture normande, aiguisée en ogives et se dressant au ciel comme un vers de Corneille: mais une architecture riche et pleine en ses formes. L'ogive s'assouplit en courbes molles, en arrondissements voluptueux. La courbe tantôt s'adaisso et s'avachit, tantôt se boursoufle et tend au ventre *. »
On a décrit ses églises, parées comme toute habitation flamande, éblouissantes de propreté et de richesse; on ne saurait méconnaître ses betl'rois où sautillent les carillons.
« Les betï'rois! Ils attestent les laborieux enfantements de la liberté dans le pays et les luttes pour l'indépendance communale. Ils dominent les maisons municipales où lo peuple se gouverne et fait ses lois, où les corporations, les gueldes, l'échevinage et les confréries se rendent en procession comme aux cathédrales.
« Avec leurs poivrières, leurs créneaux, leurs échauguettes, leurs donjons du guet où se tient lo veilleur, ils ont surgi à la Renaissance espagnole sur tous les points de la province, dressant en face de la beauté pieuse des églises leur beauté plus humaine. Ils sont le geste de l'oHort et de la défense, à côté du geste de la prière et do la supplication. Les sonneries des uns fraternisèrent aux jours de fête avec la sonnerie des autres. L'heure continue d'y alterner, car aux calmes villes des Flandres, du haut des tours, sur lo clavier des carillons, d'humbles artisans savent encore, quand viennent les ducasses, faire descendre sur la foule les musiques joyeuses. -
« Sur un même sol, l'union des bellrois et des cathédrales symbolise, ce semble, lo caractère du peuple en ses deux éléments fonciers : lo mysticisme grave et fastueux, l'énergie combative et têtue. Ils sout les monuments comniémoratifs d'une race ficre et volontaire qu'aucun choc ne fait plier et qui se redresse après chaque coup, tenace et indomptable^... »
De même que les autres arts nés du terroir, la littérature est ici pittoresque, colorée, presque toujours réaliste à l'excès. En valu nous ol)jectera-t-on que la Flandre apporta sans cesse sa contribution à la culture française, fournit ses chansons de
i. Né à Douai.