ALBERT SAMAIN
Albert-Victor Samaia naquit à Lille le 3 avril 18.-)8, Encore adolescent, il quitta le lycée de sa ville natale pour entrer en qualité de commis dans une maison de banque. Sa jeunesse se passa en de successifs travaux peu favorables à l'éclosion d'un talent qui devait lentement, et tard, se manifester. Inquiet de son avenir, il vint se fixer à Paris et obtint en 1882, grâce à la recommandation du romancier Octave Feuillet, un emploi à la préfecture de la Seine. De cette époque date sa collaboration au Chat Noir, au Scapin et surtout au Mercure de France, dont il fut un des fondateurs et où parurent la plupart des poèmes qui composent son premier livre : Au Jardin de l'Infante (Paris, Soc. du Mercure de France, 1893, in-lC). Indépendamment d'une nouvelle édition de cet ouvrage, augmentée d'une partie inédite (ibid., 189T, in-18), Albert Samain a fait paraître un autre volume :yi«a; Flancs du i'ase (ibid., 1898, in-S»), et semé dans des revues [La Revue des Deux Mondes, Mercure de France, La Revue Hebdomadaire, La Revue Septentrionale, La Revue du Nord, L'Ermitage, Le Beffroi) la matière d'un recueil de poèmes publié posthumément : Le Chariot d'Or (ibid., 1901, iu-18), et trois contes en prose, Xanthis, Divine Bontemps, Hyalis Rov'ere et Angis'ele (Voy. l'édition qu'en a donnée le Mercure de France sous ce titre : Contes, en 1902, iu-18). Une pièce en un acte en vers, Polyphème, tvouxée dans ses papiers, complète son bagage littéraire. Miné depuis longtemps par une affection de poitrin% .\lbert Samain s'est éteint le 18 août 1900, àMagny-les-Hameaux, près de Port-Royal des Champs, laissant lié à une œuvre d'harmonie mélancolique — témoignage d'une sensibilité rare — le souvenir attendri d'une âme douce et fière, timide et grave.
BlBMOGRAPiîiE. — Léon Bocquet, Albert Samain, sa Vie, son Œuvre, Paris, Société du Mercure de France, 1905, in-18; — A. Jarry, A. Samain, Paris, V. Lemasle, 1907, in-18.— Ad. van Bover et P. Léautaud, Poètes d'aujourd'hui, II, Paris, Soc. du Mercure de France, 1908, in-18. — Douze Lettres de A. Samain à M. Edmond Rocher, plaq. hors commerce, tirée à 5 exemplaires.
Mon enfance captive a vécu dans des pierres, Dans la ville où sans fin, vomissant le charbon, L'usine en feu dévore un peuple moribond : Et pour voir des jardins je fermais les paupières...
J'ai grandi; j'ai rêvé d'orient, de lumières, De rivages de fleurs où l'air tiède sent bon, De cités aux noms d'or, et, seigneur vagabond, De pavés florentins où traîner des rapières.
Puis je pris en dégoût le carton du décor,
Et maintenant j'entends en moi l'âme du Nord
Qui chante, et chaque jour j'aiine d'un cœur plus fort
Ton air de sainte femme, ô ma terre de Flandre, Ton peuple grave et droit, ennemi de l'esclandre. Ta douceur de misère où le cœur se sent prendre,
Tes marais, tes prés verts où rouissent les lins, Tes bateaux, ton ciel gris où tournent les moulins. Et cette veuve en noir avec ses orphelins...