‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 6 sur 284 · RONDE · texte numérisé non relu

RONDE

« Mon père m'a mariée, — Oui, m'a mariée, — Bon la dériiou, — Oui, m'a mariée.

« A un vieillard il m'a donnée, — Oui, il m'a donnée.

« Jeluiprépai'eraibiensonlit, — Luigarderai sa plume.

« Que lui mettrons-nous à son oreiller? — Une pierre très dure.

(( Que lui mettrons-nous à son côté? — Une brebis tondue. »

Quand vient la minuit, — La brebis saute à terre.

«Vous qui êtes de l'autre côté, — Arrètez-moi, ma mie!

— Ta mie n'a pas les pieds blancs, — Ni la tète fleurie. »

TEXTE

Moun paire m'a maridada,

Amai m'a maridada,

Bon la deritou,

Amai m'a maridada.

A un vieillart si m"a donna,

Amai me li a donnada.

You 11 parerei bieu sonn liet,

Li garderei sa pluma.

Que li metren a soun couisi?

Una peira ben dura.

« Que li metren a sou oosta?

Une feda touududa. »

Quand m'en ven la miéya nuech,

La feda sauta en terra.

« Vous que sias de dedolai, Arresta-me, ma mial

— Ta mia n'a pas les pes blancs iSi la testa flourida. »

LAURENT DE BRIANCON

XVl" SIEC

Les documents font complètement défaut sur ce personnage, auteur de pièces recherchées en patois du Dauphiné. On n'est d'accord ni sur le lieu de sa naissance ni sur son orirrine. L'abbé Aubert, dans son Histoire du diocèse d'Embrun (l, p. 249), le fait naître à Briançon, et Guy Allard place son berceau à Grenoble. A croire les anciens biographes, il fut recteur de l'Université do Valence, en 1560, puis avocat au parlement dauphinois; on ignore la date de sa mort. Il laissa quelques écrits savoureux : Lo Banquet de la Faye (Le Banquet des Fées), sorte do poème fantastique et moral, et trois satires de mœurs locales : Le Vieutcnanci du courtizan (La Physionomie du courtisan), Lo Batifcl de la gisen (Le Badinage de l'accouchée) et La Coniare de Garnoblo (La Commère de Grenoble;. Sur ces quatre ouvrages publiés de sou vivant, il n'existe plus, à notre connaissance, ([ue l'édition originale du Badinage de l'accouchée, dont un exemplaire appartient à la Bibliothèque nationale. Fort heur<;usemeut pour la mémoire du poète, ses opuscules se retrouvent dans un Recueil de diverses pi'cccs faites à l'anticn (sic) langage de Grenoble par les plus beaux esprits de ce temps (Grenoble, Cliarvvs, 1662, iu-12). Ils ont été réimprimés sur cette version on 1878, par Xavier Drevet, dans un clioix fort judicieux de poèmes dauphinois (Cf. llccueil de poésies en patois du Dauphiné, introd., texte revu et traduit avec commentaire par J. Lapaume, etc.). La |)Iacc' nous man(|iie pour déliuir ainsi qu'il convii.-ndrait lo génie poéticiuo de <-ct écrivain d'esprit ])opulairc. Disons seulement que Laurent do Briançon est lo meilleur dcîs poètes en langage vulgaire dont s'Iionoro lo Daul)hiué. Par le pillore8<|ue do ses d(!Scriplions et la belle humeur do m'H propos, uou s«!ulomcnt il svuthcliso le caractère (.■thui(|ue des habitants de sa province, mais nous donne un tableau achevé «l plaisant des coutumes rurales do la lin du XVI* siùclo. On nous saura gré de substituer à un jugement forcément incomplet des extraits assez, étendus d<; son a>uvre.

BiiiLtooiiAPiiie. — A. Hochas, Biographie du Dauphiné, I, — J. Lapnumc, Commentaires au Bccueil de poésies en patois du Dauphiné, etc , Groooblo, Xavier Drevet, 1878, in-8".

DAUPHINÉ 13

Page 1