‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 7 sur 284 · REPRÉSENTÉE A UN BALLET SATIRE · texte numérisé non relu

REPRÉSENTÉE A UN BALLET SATIRE

(Il ne) faut pas s'ébahir si la peste — Fait plus de mal :[ue la tempête, — Ni si la faim qui me déplaît — Fait lux pauvres le ventre plat; — Ni si la guerre est douilement — Cause du malheur et du trouble. — Le monde est maintenant si pervers, — Que tout ce qui existe va (h travers. — Le monde en tout se contrefait; — Je ne sus ce qu'il devient; — Vous voyez qu'un homme bien fait — En beaucoup de Yétemenls se rend difl'orme; — Il s'habille selon toutes (les) modes — Et jamais (il) ne s'aiTange bien. — Tantôt il est plus bigarré — Qu'un Savoyard de Pont-Charra; — Tantôt (il est) Aôtu à l'espagnole — Et tantôt à la carmagnole. — Tantôt tout couvert de clinquant, — (II) n'oublie pas sa peau de bouc : — Tantôt (il) faut qu'il porte et qu'il ait — Le manteau couit, jusqu'aux (même les) culottes. — Il (en) est témoin (la preuve) notre voisin, — Moitié figue, moitié raisin. — Pour ces belles demoiselles, — Qui font tant de miroimirelles (minauderies), — Elles portent plus d'attifels(ornements) — Sur la tête, que le buffet (la montre)

LA COMARE DE GARNOBLO Y MEI DE LE DANSfi

Faut pas s'eibay si la pesta Tanto vl et plu bigarra

Fat mei de ma que la tempesta, Qu'vn Savoyard de Pontcharra;

Ni si la f;in que me deiplat Tanto veitu à l'Espagnola,

Fat V porc le ventre plat; Et tanto à la Carmagnola.

Ni si la guerra et v doublou Tanto tout couuert de clinquan,

Causa du malheur et dutroublou N'obliet pa son boquinquan;

Lo mond' et ore si peruer, Tanto faut qu'v porte et qu'vl ave

Que tout ce qu'ét, va de trauer. Lomantetcourt,jusqu'à le brave

Lo mond' en tout se deigomine; YI et tesmoin nostron voisin,

le ne sauo ce qu'y divine; Meita figua, meita reisin.

A'o veyé qu'vn home bien fat Per ceste belle dameiselle,

En prou d'oure se contrafat; Que font tan de miron mirelle,

V s'abilhet en toute mode, Ele porton mey d'attifet

Et iamei bien ne s'accommode; Su la testa, que lo buffet

— D'un mui'cliand de nouveautés; — Car tout sur elles résonne creux, — Elles s'enfarinent les cheveux; — Elles se regardaillent, et puis — S'élreignent de grosses attaches, — Avec leurs cols (en forme) de buisson d'épines. — Et pour faire enrager complètement — Les garçons qui courent partout, — Elles parent de fine toile

— Leur afTéterie de belette. — D'elles (il) ne faut pas s'étonner; — Elles ont de quoi se pomponner. — Mais quand ces filles (femmes) de chambre... — ... — Font de leurs maîtres leurs valets — Pour porter autant de besogne (parure), — iS'est-ce pas une véritable honte.? — Elles se coupent les cheveux, — Chose qui jamais ne s'es. vue; — Elles se font de si grandes frisures, — Que vqU'î diriez que tout s'envole; — Elles sont plus glorieuses qu'un pediius ; — Elles se font toutes le toupet; — J'ai vois une qui se cache, — Qui a plus qu'un laquais Je moustaches. — Ne sont-elles pas bien dévicrgées (chontées) — De se coifler comme un laquais .' — Elles sembhnt des sarrasines. — Regardez mes proches voisines : — Elles montrent leur belle j)eau — Et leurs seins jusqu'à la fraise... — Mais j'ai beau leur chanter (mon refrrin); — 11 vaudrait autant parler — A cette muraille ju'à elles. — Gîir je veux que l'on m'écorche, —

D'vninurclitinddechosu noiiiicll Elle se copon Ion chaiicii,

Car tout sur elle carcaiiello. Chousa que ianiey ne s'ét vcii.

Klle s'oiifat-ioon lou pou; I se font de si gran bergoole,

Elle se iniralhon, et peu Que vo diria que tout s'enuole ;

S'enfrageou de grosse/. eitaclje, 1 son plu glorioiise qu'vn pet;

Auoy lour colet d'eipiuachc. I se font toutte lo topot.

Et per far' cura^^id du tout l'en veyo vna que se cache,

Lou nioina qu<; couron pi-rtout, (Ju'atnitïy qu'un laciuay de most,

Elle paron do prima lola Ne sont ti pa bien dfiurguey

I.our alfeitari d(! nioutelln. De se coiflic counn'vu laquey ?

D'elle ne faut pa s'eitona; Elle seniblon tie sarra/.ine.

Eli' ont de <ju(! so pimponn. Regarda \\\o proche voisine :

.MaisquHUcrtic (ilhiidechanibre Elle monsirou luu bcUa pet

Dequila plusparts'cicalambre, Et lour telet jusqu'v poupet...

Per farc luiou lo fournelet, Mais i'av biau lour ohaninrela :

Font de lour niaistro lour valet, E ventariet aulau parla

Per j)orln autan d.; besogni, A cella luuralhi qu'à elle.

N'él lo pa vnu vray ver^oj^ni! (^ar ie voie que l'on ni'eipelle

DAUPHINE

Si di^main vous ne les verrez (pas) — Plus belles qu'une poire pourrie, — Ou qu'une pomme dans la paille, — Qui n'a de beau que la peau. — Vous les verrez éparpillées — Comme la cime d'un monceau de paille. — Eh! qu'elles se mordront les lèvres — Pour les avoir plus rouges que maintenant! — Leur fait n'est que gourmandise, — Leur fait n'estque ripaille, — Pourvu qu'elles fassent la fine bouche (bouche en cœur) — Comme une vraie sainte n'y touche ;

— Et quelles sachent se démener, — Il leur semble que ]es garçons — Sont plus fous de leurs bonnes grâces — Qu'un gros mendiant ne (r)est de ses besaces. — Ah ! que les filles du temps jadis — Se comportaient toutes mieux ;

— Elles semblaient par les rues — Des nonnes qu'on ne peut pas voir. — La plus riche n'osait pas — Porter le moindre point-coupé; — La plus belle ne se montrait — Que quand sa mère le commandait. — Mais à présen la plus laide va — Ronflant comme un vrai chat-huant

— Et la plus pauvre sur sa cotte — Met plus vaillant (de valeur) qu'elle n'a de dot. — Telle n'a que cinquante écus — Qui a des bandes (volants) jusqu'au /?orf/cem; — Jamais je ne vis tant de gloriole: — Les servantes qui portent cuire — La pâte au four, vont étriquées (serrées)

— Gomme les culottes d'un laciuais ; — Elles portent l'écharpe noire — Comme la belle jai-dinière ;

Si domau vo ue le verri Plu belle qu'vn perut piirri, Ou qu'vna poma din la palhi Qtie n'a de biau que la pelalhi.

Vo le verri ciparpalliié Coma la ciina d'vn palhô.

Hé ! qu'elle se mordron le loro Per lez auei plus roge qu'orc!

Lour ca n'ét que lichonari, Lour ca n'ét que fistonari.

Ma qu'y fasson la prima bonchi Com'vna vray saincta ni touchi; Et qu'i sachon se deimena, Louz et aui que lou meina Son plus (bu de leur bonne grâce Qu'vn gro capon u'ét de sebiasse Ah ! que le filhe du tem vieu Se comportauoa toute mieu 1

I semblauon per le charreire De none qu'on ne pot pas veiro La plu richi n'osaue pa »

Porta lo moindre poinct coupa ; La plus belle ne se montraue Que quan sa mare v comandaue.

Mais ore la plus leida vat I{onflan comm' vn vr.iy charauat Et la plus pora sur sa cota Met plu valhen qui n'at de dotta.

Talla n'at que cinquanl' eicu Qu'at de bandageo iusqu'v ...; lamei ie ne vi tan de gloire :

Le servente que porton coeirc La pat'v four, vont eitriaquey.

Coma le braye d'vn laquey; Elle porton l'eicherpa neiri Coma la bella iardiueiri;

— Et sans considérer s'il pleut, — Elles portent de plus grosses houppes — Sur leurs souliers à l'aiguillette, — Que la Claude de la Pernette. — Et quand quelque pauvre malheureux — Les a prises pour quelque butin, — Elles se gonflent plus que les maîtresses, — Ou qu'un dindon que l'on voit croître. — Cela n'est-il pas trop fort? — Je vous jure que cela fait — Parler tous les jours sur sa porte — La Bruande, qui n'est pas morte. — Celles qui ont bon bec comme elle, — Pour en parler deçà, delà, — Font bien de quitter leur besogne — Pour leur en faire honte. — Pour moi, je ne leur cache rien; — Leur plaire m'est indifférent;... — Et tant que je pourrai aller, — .le leur dirai mon radotage... — Est-il bien (de) besoin qu'on aille — Toucher toutes les nuits les timbales — Aux filles de Saint-Laurent.' — II leur faut, comme dit le Marren, — Une poignée de remontrances, — Et non pas jour et nuit la danse; — Car elles n'ont pas lu la moitié — Du livre de civilité...

Et sc'u cousidc-ru si plut.

Elle porton de plu gro flot Sur leur solar à l'aiguilhetta, Que la Lhauda de la Pernetta.

Kt quan quoquo porc creitin Lez at pri;i pcr quoque buttin, I se conflon inieu que le meitre, Ou qu'vn dinde que l'on vetcreit Cellei n'ét to |)a trop forfat?

I(( vo iuro que cellci fat l'aria tout lou iour sur sa porta La Hruauda (jue n'ét pa niorta.

Celle qu'où hou bec coma Ici, l'er en parla decei, delei.

Fonbiende quitta Iour besogni Per louz en fare la vergogni.

Par mi, ei ne Iour cacho ren ; Lour plaisi m'ét indiferen...

Et tan que ei pourrei alla, le lour dirai ma râtela...

Et to bien de besoin qu'on aie Tochic tout lou not le timbale A le lilhe de Saint Loren?

Lour faut, coma dit lo Marren, Vna pugna de remonstranci.

Et non pas iour vt not la dansi.

Car i n'ont pas lit la meita Du liuro de Ciuilita...

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