HAINAUT
Commencent et finissent les pays.
Sous les forêts rampe la rude cicatrice
des assises profondes et rompues;
les frênes, les sapins et les chênes trapus
vivent dans le milieu de la chaude blessure,
et, tout à l'entour, s'étend l'herbe verte des pâtures.
Les bœufs d'engrais,
les vaches aux pis lourds de lait
et les chevaux de labourage
trouvent de l'eau dans les plis croux,
au milieu de la verdure des villages;
dans son poing, le vacher leur apporte du sel,
et les vachères, de leurs seaux mousseux,
versent le lait dans la terre des telles,
trois fois chaque journée, en rentrant à la ferme;
quand vient le soir, par le grand travail harassés,
avant neuf heures, toujours leurs yeux se ferment.
Les pays
Commencent et finissent ici.
Vers l'Est, c'est déjà le plateau de l'Ardenne, la boue, les fagnes d'ardoises et do schiste gris, l'hiver dur... et lorsque enfin en allé, c'est l'été court et joli de la vallée.
Mais à l'ouest, au nord, c'est la Flandre, la plaine, la plaine riche, grasse, immense et montante, L'Ardenne, ici, baisse sa pente, ses rocs et ses sursauts,
FLANDKE 10^
)ù grimpent, lourdes et puissantes, es Flandres, comme des taureaux.
]'est le Hainaut.
]e pays robuste et touchant,
.'est le Hainaut et ses champs,
;es forêts, ses pâturages,
it, surgies pour des soirs d'orages,
es hautes tours de ses fourneaux.
Il'est le Hainaut qui verse à deux fleuves les eaux
jui descendent ses faibles côtes,
;t, de Pâques à la Pentecôte,
întraînent des pétales et des bouquets entiers,
îhus de ses arbres fruitiers,
îtles mènent, par la Sambre, vers la Meuse,
iomme aussi vers l'Escaut et ses rives heureuses.
Puis, à l'automne, les rivières
sentent tomber, s'éclabousser et tournoyer
;t puis, avec elles, partir, partir et se noyer,
es pommes mûres, la queue en l'air.
l'ai vu, les soirs d'août, la hâte des retours,
e suprême chariot de blé, cahotant et lourd,
:)asser, en s'écrasant, la grand'porte des granges;
ît la fermière avec le buis bénit,
oénir cette moisson finie
în l'aspergeant avec les gouttes de sa branche.
; ]'ai vu des nuits d'octobre, monter, dessous la pluie,
f v'ers la petite lumière des fabriques de sucre
1 — œil luisant de misère et de lucre —
i monter, disjoints et pleins, les chariots pesants,
t oesant des milles et des cents,
j :)leins de grosses betteraves sales et boueuses,
'sur les routes aux pavés gluants d'argile hideuse...
1 'ejeter cette boue au pied des cheminées,
; ît retourner enfin, les tâches terminées...
i l'ai vu des charbonniers, dans la forêt; ! i'ai vu des sabotiers, et qui chantaient! I J'ai vu des gas dans les ducasses,
dans des fêtes et des concours, sur les grand'places...
it leur départ bruyant et matinal, le lendemain,