COMBATS DE COQS
Les plantureux Flamands aux trognes violettes, Avec leurs cheveux roux et plats, vrais descendants Des types de Breughel, de Craesbeck ou Jordaens, Dans la cour de l'auberge ont des cris de conquête :
Là, dans le parc étroit, deux coqs entremêlant Becs durs, ergots armés et la pourpre des crêtes, Dans un duel rageur et stupide s'apprêtent A ravir à la mort leur désespoir sanglant.
Ils luttent acharnés aux coups. Les gosiers râlent : Et les plumes bientôt sont comme des pétales Qu'effeuillerait un vent d'orage sur le sol;
L'un des coqs est debout, vainqueur. Et l'autre expire Il monte une clameur. Dans la foule en délire Frémit la cruauté du vieux sang espagnol.
{Le Poème du Travail et du Rêve.)
A. -M. GOSSEZ
M. AIphonse-Marius Gosse/, est né à Lille le 27 mars 1878 D'extraction lilloise, il descend par sou père doiivri*rs ilamands, et compte parmi les siens un oncle, candidat ouvrier en 1848, aux élections de la Constituante. Lié par sa mère à une famille d'agriculteurs de Palmata, près do Lucqiies (Italie), il s'enorgueillit, non sans raison, do compter comme aïeul maternel Alphonse Blanchi, poote, journaliste et homme politique qui fit, toute sa vie, une rude opposition à l'Empire et fonda successivement Le Barbier de LiLLc, Le Messager du Nord et, après des heures inoubliables d'exil, Le Progrès du Nord.
M. A. -M. Gossez termina ses études à la Faculté des Lettres de Lille, et débuta en publiant des vers à la Nouvelle Revue (1896). Par la suite, il participa à la fondation d'une petite revue, L'Essor, et dirigea avec M. Léon Bocquet, pendant quatre années, de 1900 à 1904, Le Beffroi, vivant périodique qui groupa toutes les initiatives et tous les tidents des provinces septenti'ionales. Comme s'il n'avait point assez fait pour la décentralisation au profit des lettres, il publia eu l'J02 une anthologie des Poètes du Nord, qui demeure jusqu'ici le meilleur livre qu'on ait réalisé dans le genre. L'ouvrage, formé de matériaux de première main, eut assez de succès pour que l'on regrette de ne point y voir figurer les écrivaius d'expression locale, les chantres du terroir. Peu après, les hasards de la vie universitaire l'obligèrent à quitter sa ville natale et le conduisirent au Havre, où il occupe depuis 1905 les fonctions de secrétaire de rédaction de La Province. 11 dirige de plus, à Rouen, un groupe de XXX artistes et littérateurs dont les manifestations ont été déjà remarquées. Poète et historien, M. A. -AI. Gossez a publié une série d'ouvrages qui le désignent non seulement à lattention des lettrés, mais de tous ceux qu'intéresse le grand mouvement régional actuel. On lui doit ainsi : Le Saint Julien de Flaubert, documents avec illuslr. d'Ed. van Offel. V. Prouvé et G. Vialte (Lille, éd. du Beffroi, 1903, iu-S»); £e Dcpartement du Nord sous la deuxième Ilcpublique, 18ii8-1852 (Lille, Leleu, 1904, in-S"); Du Soleil sur la porte, poèmes suivis de Lettres familières (Paris, Soc. du Mercure de France, 1905, iu-18); Mémoires
de l'ouvrier François Leblanc [Monville en iSkS) (Paris, Cornély 1907, in-8°): enfta un travail sur Les Provinces poétiques (Le Havre, édit. de La Province, 1908, in-S") et un nouveau recueil de poèmes, En pays wallon, où il s'est plu à élargir les frontières naturelles de sa petite patrie. M. A. -M. Gossez est mieux qu'uE poète de clocher. Les tableautins, brossés avec passion, dont abonde son dernier ouvrage le rattachent à l'école des petits maîtres flamands.