‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 73 sur 284 · JURA ET PAYS DE MONTBÉLL\RD · texte numérisé non relu

JURA ET PAYS DE MONTBÉLL\RD

« La Franche-Comté ou Comté de Bourgogne, dite aussi la Haute-Bourgogne, Burguadise comitatiis, — a écrit un géographe du xYiii» siècle ' , — est proprement le pays des Séquaniens, ancien peuple celte qui fut subjugué par César. Elle a l'Alsace et la Suisse au levant; la Bresse, le Bugey et le p;iys de Gex au midi; la Lorraine au septentrion*, le duché de Bourgogne et une partie de la Champagne au couchant. Quelques-uns la divisent par ses bailliages, et les autres en font trois parties, qui sont la haute, ou d'amont; la moyenne, ou de Dôle, et la basse, ou d'aval. Dôle était autrefois la première ville de Franche-Comté; les autres sont Besançon, qui en est présentement la capitale; Gray, Salins, Vesoul, Arbois, Luxeuil et Pontarlier. Les moins considérables sont Saint-Claude, Orgelet, Saint-Amour, Arlay, Lons-le-Saulnier, etc. Les forts Sainte-Anne et le Château de Joux mériteraient d'être remarqués, mais le premier fut démoli après la prise de 16T4. La Franche-Comté a des montagnes au levant et au septentrion. Fertile en céréales, vins et bois, elle renferme d'excellentes salines, des carrières de jaspe et de marbre, et elle est en partie couverte d'immenses forêts, coupée par des pâturages et arrosée par cinq rivières principales : la Saône, qui reçoit les eaux tumultueuses de la Loue; le Doubs, l'Oignon et le Dain, toutes fort poissonneuses. Cette province faisait autrefois partie du grand royaume de Bourgogne et fut usurpée sur les rois de France qui en étaient les légitimes souverains. » Depuis, elle eut des seigneurs particuliers et elle devint, par le mariage de Marie, fille de Charles le Téméraire, un des apanages de la maison d'Autriche. Charles-Quint la posséda. Elle eut le sort des pays tour à tour conquis, convoités

1. Cf. Dictionnaire de Moreri. Voyez aussi ce que l'abbé Eipilly dit de cette province.

et soumis, jusqu'au jour où elle revint à la couronne de France. « Un traité nous l'avait enlevée, a dit un historien judicieux, un traité nous la rendit. Elle n'avait cessé de lutter farouchement pour son indépendance. On la nomma Franche-Comté, au dire de quelques-uns, de ce qu'originairement ses habitants étaient francs et libres et que leur comte ne pouvait lever sur eux aucun impôt. La paix de Nimègiie (1678) la réduisit au silence et à l'inaction, mais elle garda longtemps la haine de l'envahisseur, et cette haine, muée, au cours des siècles, en un sentiment de révolte, fait encore le fond caractéristique de sa race. Franc- Comtois d'abord. Français ensuite, telle pourrait être la devise des hommes fixés sur son sol. L'influence de l'Eglise et de la féodalité a été forte dans cette région. « Ce fut sous les serfs de l'Eglise, à Saint-Claude, lieu de grand pèlerinage, comme dans la pauvre Nantua, de l'autre côté de la montagne, observe Michelet', que commença l'industrie franc-comtoise. Attachés à la glèbe, ils taillèrent d'abord des chapelets pour l'Espagne et pour l'Italie. 11 y avait encore des serfs de prêtres en 89. La Révolution les affranchit. La Franche-Comté, fortement espagnole d'inclination et de mœurs, fut pourtant celle de nos provinces qui sentit le plus vivement le bonheur de la délivrance. Ces serfs, aujourd'hui qu'ils sont libres-, couvrent les chemins de rouliers, de colporteurs, de gens d'affaires. Des parties les plus stériles du Jura et du Doubs, celles que les guerres ont tant de fois ruinées, s'écoulent les émigrants. Un remarquable esprit de mesure caractérise les Franc-Comtois. Ils ont eu de bonne heure deux choses : savoir faire, savoir s'arrêter. Savants et jihilosophes, érudits et littérateurs, tous les Comtois distingués se recommandent par ce caractère. L'universalité est précoce en Franche-Comté, mais aussi la précision, la mesure, j'allais dire l'arrêt. Ainsi Nodier commence le mouvement romantique et s'arrête. Cuvier donne la plus grande centralisation scientifique, il ne la fait pas marcher on avant. C'est là le trait caractéristique : savoir tout et savoir s'arrêter... »

« En général, ajouterons-nous avec Francis Wey, l'habitant de l'anliciue Séquanie réunit au fl(igme du Nord le bon sens espagnol et la dissimulation italieuuo. Ces traits s'expliquent par les origines diverses des Comtois. » Tant do peuples ont foulé leur terre! « Ils ont la pensée rapide et l'expression très lento; leur accent so traîne lourdement et contraste avec le mordant de leurs phrases débitées sur un ton do naïveté apparente. Endurants, calmes, ils sont vindicatifs comme des Espagnols et, rien n'étant plus dissimule qu'un Franc-Comtois, ils

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