LE RETOUR AU VILLAGE
Je vais revoir mon village, Les lieux que j'ai tant chéris, Et la montagne sauvage, Et les églantiers fleuris :
Douce trêve
Qu'un long rêve
Qui s'achève Laisse encore à mes esprits.
Je verrai la croix qui penclie Au front des rochers alpins, Et les tapis de pervenche, Et les huiliers d'aubépins, Et la mousse Qui repousse, Molle et douce, A Tabri des noirs sapins.
Je reverrai la bruyère Qui s'incline en gémissant, Je reverrai la clairière Où le ruisseau va glissant,
Et son onde
Vagabonde,
Qui féconde Le pacage verdissant.
Voici la vieille ramée Où, dans ses riches habits, La luciole enflammée Tombe en nuages subits,
Quand son aile
La décèle
Et recèle Les feux de mille rubis.
Mais je ne verrai plus Lise, Après un joyeux banquet, Essayer devant l'église Le jeu de son œil coquet.
Et surprise,
Par méprise,
A la brise Abandonner son bouquet.
Mais je ne verrai j>lus Flore, Qui chantait tous les matins; Mais je ne verrai phis Laure, Boudeuse aux regards mutins Clémentine,
Augustine,
Et Justine,
Joli trio de lutins.
Le soleil, toujours le même, Parcourt les chemins tracés; Et de son beau diadème Nuls traits ne sont effacés.
Ce qui passe
Et s'efface,
C'est la trace Des plaisirs qui sont passés.
{Poésies, 1829.)