AIME DE LOY
Jean-Baptiste Desloye, ou, pour laisser à son nom la tournuri aristocratique qu'il s'avisa plus tard de lui donner, Aimé d Loy, naquit à Plancher-Bas (Haute-Saône) le 3 ventôse an V (21 février 1798). Il fit «es études successivement en Alsace, Besançon et à Dijon, commença son droit à Strasbourg et 1< finit à Toulouse. Nous ne savons s'il dut au désordre de soi éducation l'incertitude de son destin, mais il est hors do douti que sa vie fut l'aventure la plus inattendue, la plus déroutante la plus contradictoire qu'il soit possible d'imaginer en un temp où le romantisme n'excluait point l'extravagance. Taudis qu'i envoyait des vers à l'Almanach des Muses, il prenait la directio d'une papeterie dans la Haute-Saône. Il se mariait, et, loin d fonder un foyer, il délaissait les siens, abandonnait son indus trie et s'expatriait. La fortune, néanmoins, lui souriant, il for dait un journal au Brésil, prenait une réelle inlluencc dans c( Etat, devenait le favori de l'empereur Pedro, et, à peine < possession d'une charge à la cour, rentrait précipitamment c Europe.
Nomade, aventureux, inquiet, il passa tour à tour à Paris, i Angleterre, en Belgique, à Genève, en Portugal, dans I« Pays-Bas, séjourna dans diverses provinces, occupa à Lyon 1» fonctions do secrétaire d'une Académie, dirigea successiv» ment le Mercure Scgusicn, à Saint-Etienne, le Mémorial de < Scarpc, à Douai, écrivit à la Gazette de Franche-Comté, et. apr' cent tours et mille aventures, vint terminer non loin de sa pr« vince, le 26 mai I83'i, une existence si agitée. Ce fut son prt mier instant de repos. Bien doué, mais incapable do so fixer • de poursuivre un but unique, Aimé do Loy compromit do rée dons, gAcha cent existences et ne laissa, pour marquer sa pla ici-bas, que la matif-re de deux recueils de poèmes aujourd'h bien oubliés : Préludes poétiques (Lyon, chez tous les libraire 1827, in- 12) ot Feuillet au vent (Lyon et Paris, 1840, in-8°). E) core faut-il observer que le premier do ces volumes dut le je à des circonstances presque indépendantes de sa volonté, que le second fut formé dus pages que ses amis recueillire
j)rès sa mort. On l'a dépeint exactement vers ses derniers xirs. « C'était, dit un do ceux qui l'ont connu à cette époque, uo excitation de tùte et une agitation de corps extraordinaires, n besoin de mouvement insatiable : il marchait dans les rues lin pas hâtif, tète baissée, ne regardant personne ; on le surirenait, la nuit, errant dans les bois; le jour, sa promenade avorite était au cimetière. Aussi nul ne fut-il étonné lorsqu'on pprità Saint-Etienne qu'une lièvre cérébrale mettait sesjours n danger... »
Admirateur d'André Chénier, élève de Lamartine, Aimé de Loy ne rappelle ni la grâce du premier ni la puissance évocatoire du second; mais il a montré une maîtrise précoce du vers, un réel sentiment de l'harmonie, qui le distinguent des riraeurs de son temps. Bien qu'un peu sèches, les strophes de ses Préludes, pages écrites entre la vingtième et la vingl-cinquième année, nous font regretter que ce poète n'ait pas donné de meilleurs instants à un art pour lequel il semblait destiné.
Bibliographie. — Antoine Bereur, Un Poète oublié, Aime de Loy, Besançon, typogr. Jacqnin, 1905, in-8".