MAX BUCHON
Maximin ou Max Biichon naquit à Salins (Jura) le 8 mai 1818'. Privé de bonne heure de sa mère, il fut élevé rudement par son père, ancien officier de l'Empire. Il fit ses études d'abord au petit séminaire d'Ornans, puis chez les Jésuites de Fribourg (Suisse), où il eut pour condisciple et ami son compatriote Gustave Courbet, le futur peintre. Héritier d'une honnête fortune, ses classes terminées, il voyagea, tantôt parcourant vallées et montagnes, tantôt assistant aux cours des Universités. En 1839, de retour en Franche-Comté, il publia, à Besançon, un petit recueil de poèmes intitulé Essais poétiques, que Courbet illustra de quatre lithographies-. Ce fut un assez médiocre début. Cinq ans plus tard, en 184 4, il donna à Arbois un second volume de vers, où il se révéla cette fois comme un bon chantre du terroir. Epris non seulement de lyrisme, mais impatient de jouer un rôle dans la mêlée sociale, il collabora la même année aux feuilles libérales du Jura. Gagné aux idées nouvelles, de libéral qn'il était vers 1846, il se lit républicain. En 1848, il rédigea le Démocrate salinois, puis écrivit au Peuple de Proudhon. Poursuivi, au lendemain du coup d'Etat, par la police et la servile magistrature de l'Empire, il fut condamné, pour délit de presse, à trois mois de prison. Afin d'éviter les rigueurs dtt la geôle, il s'enfuit en Suisse et se réfugia à Berne dans une petite maison de campagne, au milieu des bois. Trop fier pour faire sa soumission, il attendit des jours meilleurs et, plein de foi en l'avenir, se livra plus que jamais aux douceurs des lettres. Les années d'exil exercèrent une grande influence sur sa destinée d'écrivain. Quand il rentra en France, en 1856, il comptait déjà un bagage respectable. Il avait successivement donné au public une traduction de quelques poésies de Hebel, puis des pièces de Kœrner, de Uhland et de Heine, un texte français des Scènes villageoises d'Auerbach et des récits bernois de Gothelf.
En 1854, la Revue des Deux Mondes avait, grâce à Champ-
1. Jules Ti'oubat donne cette autre date : lo avril 1818. 1. Voy. Les Gaudes, 1" sept, 1900.
fleury, accueilli deux de ses nouvelles composées à Berne : Le Matachin et Le Gouffre gourmand, productions d'une vérité saisissante qui devaient, par la suite, faire la matière d'un volume publié en 1858 chez l'éditeur Michel Lévy. Lié avec tous les artistes de son temps et surtout avec les précurseurs du a réalisme littéraire », Max Buchon ne quitta plus sa province, et c'est au lieu même où il vif. le jour, et qu'il ne cessa de glorifier, qu'il fut enlevé, le 17 décembre 1869, dans toute la force de l'âge, à ses plus chères affections. Encouragé par ses amis et surtout par Champfleury, qui le tenait en profonde estime, Max Buchon avait donné successivement une troisième nouvelle : Le Fils de l'ex-maire (1857), des Poésies franc-comtoises (Paris. M. Lévy, 1862); Salins-les-Bains et ses Eaux (1862); Noëls et Chants popul. de la Franche-Comte (1863); de Nouvelles Poésies comtoises (18G8), diverses lettres et brochures de circonstance relatives à des questions locales ou politiques. Entre temps, il avait collaboré à la Revue littéraire de Franche-Comté et au Jura, journal dirigé par Jules Grévy. Il laissait, en outre, une traduction des Contes populaires des frères Grimm (1869).
Depuis 1848, il était connu du grand public et apprécié de ses plus illustres confrères. George Sand on 1857, Sainte-Beuve en 1862, Victor Hugo on 1863, plus tard Mouselet et Banville, saluèrent de quelques lignes flatteuses le sincère écrivain comtois. Le meilleur de ses œuvres a été réuni en 1878 (Paris, Sandoz et rischbacher) et forme trois volumes où se trouvent, avec ses poésies et ses traductions, quelques-unes de ses nouvelle? et les Chants populaires de la Franche-Comté.
Ce n'est point en vain qu'on a écrit que Max Buchon s'esl appliqué à imprimer à ses poèmes le caractère franc-comtois. Il n'a pas seulement décrit les plus beaux paysages de sa province, il s'est fait l'interprète des vieux usages et a restitua jusqu'aux anciennes chansons du terroir...
Champfleury a donné de lui ce portrait vigoureux : « Filf d'un ancien militaire, Max Buchon en avait gardé l'emprointi héréditaire; une sorte d'estafilade qui, sillonnant l'une de ses joues, semblait une ancienne cicatrice de coup de sabre, et la physionomie résolue do l'homme faisait penser à quelque capitaine d'infanterie retiré dans ses foyer:* avant l'âge. Mais cett( impression no venait que d'un premier aspect. Ses yeux, qu étaient bons, purs, bien r<;gardants et, malgré tout, songeurs conservaient trace des mélancolies d'un enfant dont la jeunesse a été douloureusement comprimée... »
BiriLiooHAiMME. — Ch. Baille, Max Huchnn, Le Doubs, 18 déc 1869. — Champfleury, Préface aux Œuvres de Buchon, cdil. d« 1878, t. !•'•. — A. Mandrillon, Causeries franc-comtoises, Besançon, Ch. Marion, Morel et C'«, 1882, in-8». — Jules Troubat
rRANCHE-COMTÉ 1^l3
Une Amitié à la d'Arthcz : Champ fleur y, Courbet, Max Biichon, Paris, Duc, 1900, in-18. — Voir aussi daas le journal Les Gaudes : Un Poète franc-comtois, Max Bnchon, l"- sept. 1906.