‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 84 sur 284 · LES FRANCS-COMTOIS · texte numérisé non relu

LES FRANCS-COMTOIS

A mon illustre compatriote Charles Nodier.

Vois-tu ces monts altiers où couve la tempête.' C'est là qu'est le séjour de l'aigle et du poète. Homme libre, ces rocs t'offrent leur boulevard; C'est parmi leurs sommets que, versant sur le monde

Sa lumière féconde, La liberté s'assied comme sur un rempart. Rendez-moi ce nid d'aigle, où, belle d'espérance, Dans un air vif et pur s'éleva mon enfance! Menez-moi sur ces monts, d'où, mesurant les cieux, Le poète inspiré, fils de la Séquanic,

Sur l'aile du génie, Comme le roi des airs, s'envole aux pieds des dieux!

O Comté, mon pays ! ô terre de franchise ! De quels noms éclatants ton nom s'immortalise! Ton Jouffroy de Platon ranime le flambeau; Doux pays! sous ton ciel du poète de Dôle

140 LES POÈTES DU TERllOIll

Rayonne l'auréole, Et d'un autre Domat n'es-tu pas le berceau?

Comté, c'est dans ton sein qu'est né V enfant sublime Qui prit, si tendre encor, son élan vers Soliine; Tercy de tes bosquets charma l'asile vert, Delort fait dans ses chants passer du luth d'Horace

La mollesse et la grâce.

Et d'un double laurier son front noble est couvert.

Ah! quand l'astre divin fut voilé d'un nuage, N'est-ce pas ton Nodier qui, né pour un autre Age, Debout sur le Jura, loin des chemins frayés; Jetait ce cri sublime et de forte mémoire,

Que l'écho de l'histoire Portera d'âge en âge aux tyrans effrayés?

Vous qui dans un temps libre osez parler d'entraves. Que faisiez-vous alors? Répondez, vils esclaves! Vous baisiez, à genoux, les carreaux de César. Républicains d'un jour, en flattant son ivresse,

Votre avide bassesse Pour nous fouler aux pieds se traînait à son char.

Mais lui, digne toujours de sa libre origine, Refusait de passer sous la Fourche-Caudine! Conservant de nos monts la robuste fierté; Quand la foudre éclatait sur l'Europe tremblante.

Sa lyre indépendante Des afTronts de Sylla vengeait la liberté!

De l'Elide aujourd'hui nous ouvrant la barrière, 11 est des Séquaiiais la vivante bannière; Compagnons, sous ses yeux illustrez vos travaux! Courage!... et pour ravir la palme triomphale,

Sur la borne fatale Ecrasez, en passant, les chars de vos rivaux!

{Préludes poétiques, 1827.)

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