‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 88 sur 284 · LES GAUDES · texte numérisé non relu

LES GAUDES

Les Gaudes! à ce mot tout le passé se lève; L'essaim des souvenirs m'emporte comme un rêve; Je retrouve mes jours d'enfance et mon pays Avec ses bois de chêne et ses champs de maïs. J'ai sept ans; je revois la maison paternelle. Et ma mère, et les jours écoulés sous son aile, Ces jours de liberté, d'amour, sitôt taris, Avant les ans d'étude et de g'eôle à Paris.

1. « Plusieurs des cantons sal)lonn(>ux de la vall/-c de la Saôn* du Doubs, a ^'cril M. (Jh. Grimaud, connaissent les l>caui cliai de maïs qui en sont une des riclics-ses. On y apprécie W^yaudes savoureuse bouillie <le farine de maïs, dont la rusuri', la croûte jai cl brune collée au fond des marniiles. faisait à la fois les (k'Iiccs petits paysans du Doubs, du Jura, de Saônc-el-Loirc et de 1'/ C'est ce souvenir qu'a retracé le poète avec un charme si allcndr

revois tous les coins de la vieille demeure;

jardin où j'allais marauder à toute heure, le blé de Turquie, aux pieds souvent pillés,

jEFrait des rôts laiteux «[ue je mangeais grillés;

surtout la cuisine antique avec son àtre, le grillon chantait dans la cendre grisâtre;

haut bahut rempli de linge jus([u'au fond ;

s épis de maïs suspendus au plafond,

l'on égrenait le soir en les frottant ensemble

ur livrer les grains mûrs à la meule qui tremble ; 1 . vaste cheminée en manteau surplombant

la table de chêne avec son double banc,

i toute la famille, au grand complet encore, ! iîment et sans façon s'asseyait dès l'aurore

)ur prendre le premier déjeuner du matin.

i! comme je revois ce rustique festin!

aïeule même, au front orné d'une fontange,

ms sa robe de chambre au grand ramage étrange, I lissant les plus petits grimper sur ses genoux,

îscendait pour manger sa panade avec nous.

IX enfants on donnait des gaudes ; la marmite

X gré de nos désirs n'allait pas assez vite, îfin l'instant venait, qu'on attendait debout, i la farine d'or du maïs chante et bout, lors chacun tendait son assiette à mesure;

n se disputait bien le fond et la rasure, ais chacun contenait son envie et sa faim, t c'étaient des chansons et des rires sans fin; ans doute au cher pays on mange encor des gaudes; 'été, j'y trouve encor des amitiés bien chaudes; a maison est toujours debout, mais j'y suis seul, t, quoique sans enfants, c'est moi qui suis l'aïeul... - 0 maïs aux fruits d'or, à la tige élancée, hamps du pays natal si chers à ma pensée, uand pourrai-je revoir votre ombrage léger? ù, dans mon exil, où fleurit l'oranger,

'hiver n'est qu'un printemps qu'un air plus doux embaume, lais j'aime mieux encor les bords du Doubs et Baume !ue l'azur provençal, la mer et les palmiers : ■ar nos vrais et nos seuls amours sont les premiers.

[Fleurs de Gii^re.)

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