‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 96 sur 284 · LA MARK · texte numérisé non relu

LA MARK

C'est l'heure où l'on mène boire les vaches rousses. Qui s'en vont en rêvant et foulent la nuit douce. La mare niuetlenient songe, Où roml)re du troupeau s'allonge, Sous la lune si calme et quand vaches et veaux, Flairant la vase, enfoncent leurs sabots dans l'eau.

Dans l'eau couleur des joncs et de la terre rousse La lune, oiseau tremblant, baigne son aile douce

Et le vent balance insensible,

Au-dessus du miroii- qu'il ride, A peine, avec des mots sourdement chuchotes, Tout endormis, deux vieux peupliers étêtés.

La mare à travers champs est poéti([ue et douce, Qu'abrite un cercle descellé de pierres rousses. Et l'eau captive est toujours pleine, Jusqu'aux rives, do clartés vaines, Tantôt louches lueurs et tantôt rayons vifs. Des matins s'effeuillant ou des couchants furtifs.

A l'entour, c'est l'afflux houleux des tiges rousses : Seigles, blés, sainfoin rose emmêlant des fleurs douces,

Puis, des navettes et des raves,

Dont se pénètrent les enclaves; Et plus près, s'étalant, des touffes de plantains Et des serpolets gris aux feuillages déteints.

A l'entour, c'est l'odeur du pain qu'on désenfourne, Inépuisable et lente et qui vogue et séjourne.

Suave autant qu'une prière,

Parmi l'heure crépusculaire; C'est un flot déroulé de bien-être profond. Où l'écho du jour faux s'eflacc et se confond.

Et parfois, sous les pieds fangeux des vaches rousses, La chanson des crapauds surgit pure et très douce,

De l'argent flou des clairs de lune.

Semant ses notes une à une, Dont flageolent, discords, les tons irrésolus, •

Par les champs sommeilleux que berce un angélus.

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