S'ASSEOIR SUR UN MURGER
S'asseoir sur un murger, les pieds dans les broussailles, Et les doigts enlacés aux rugueuses pierrailles,
162 LES POiiTES DU TERROIR
Seule avec les lointains où le soleil se meurt,
Seule avec sa pensée et seule avec son cœur.
Respirer le parfum des herbes attiédies,
Ecouter la cigale aux lentes psalmodies,
Vibrer parmi les brins séchés des serpolets,
Voir s'embrumer du soir le vitrail violet.
Voir s'élever du creux des placides jachères,
En arceaux imprécis, l'encens crépusculaire,
Et l'orchis opalin de la lune, aux prés bleus
Du ciel, éparpiller son pollen nébuleux.
Savourer cette odeur do la lande que baigne
Quelque ruisseau muet et filtrant sous les sphaignes,
Savourer cette odeur enivrante qui sort
Mystérieusement de la glèbe qui dort.
Goûter le souffle obscur de la forêt prochaine
Dont le frisson murmure au feuillage des chênes,
La fauve et l'acre odeur qui vient comme un baiser
De faune, sur la bouche ardemment se poser.
Et n'être que la nuit, le parfum, la bruyère.
Le tourbillon léger des derniers éphémères,
Etre le serpolet bruissant sous ma main,
Fuir hors de ce cachot qu'on nomme corps humain.
Mais dans l'humilité douce des moindres choses.
Devenir l'herbe morlo où le grillon repose,
Ou bien le roitelet lassé de pépier
Qui perche sommeilleux aux branches des ronciers.
{Par r Amour.)