‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 95 sur 284 · S'ASSEOIR SUR UN MURGER · texte numérisé non relu

S'ASSEOIR SUR UN MURGER

S'asseoir sur un murger, les pieds dans les broussailles, Et les doigts enlacés aux rugueuses pierrailles,

162 LES POiiTES DU TERROIR

Seule avec les lointains où le soleil se meurt,

Seule avec sa pensée et seule avec son cœur.

Respirer le parfum des herbes attiédies,

Ecouter la cigale aux lentes psalmodies,

Vibrer parmi les brins séchés des serpolets,

Voir s'embrumer du soir le vitrail violet.

Voir s'élever du creux des placides jachères,

En arceaux imprécis, l'encens crépusculaire,

Et l'orchis opalin de la lune, aux prés bleus

Du ciel, éparpiller son pollen nébuleux.

Savourer cette odeur do la lande que baigne

Quelque ruisseau muet et filtrant sous les sphaignes,

Savourer cette odeur enivrante qui sort

Mystérieusement de la glèbe qui dort.

Goûter le souffle obscur de la forêt prochaine

Dont le frisson murmure au feuillage des chênes,

La fauve et l'acre odeur qui vient comme un baiser

De faune, sur la bouche ardemment se poser.

Et n'être que la nuit, le parfum, la bruyère.

Le tourbillon léger des derniers éphémères,

Etre le serpolet bruissant sous ma main,

Fuir hors de ce cachot qu'on nomme corps humain.

Mais dans l'humilité douce des moindres choses.

Devenir l'herbe morlo où le grillon repose,

Ou bien le roitelet lassé de pépier

Qui perche sommeilleux aux branches des ronciers.

{Par r Amour.)

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