‹ Les poètes du xixe siècle, période romantique: période romantiqueChapitre 23 sur 24 · I. PAIL DLPOM, i, ™-jdiiBouloi[C · texte numérisé non relu

I. PAIL DLPOM, i, ™-jdiiBouloi[C

Ces « ('-tildes franches et consciencieuses ' sont des' méditations, des élégies, des paysages, avec s çà et là, comme une aube de l'adolesrence i(ui va luire, un désir, une larme, ([uelques mots d"amour, un profil de jeune fille chastement esquissé, » Je ne trouve pas qu'on ait été indulgent pour ses premières poésies. D'abord, comme le remarque Sainte-Beuve, « le trait est toujours pur, net, sans rien qui hésite ; le vers est parfait de rythme et de forme, i Je voudrais pouvoir citer tout entière l{i Ballade qui commence ainsi:

CJunut à pc'inu lui nii.vu,

l):iiis U's.'tiiinips du i-i.'l hhiu.

Kt •\iu- lii iiii>issu!i mûre

li excelle dijà dans la description, 'dans la [voésie familière; il y a peu de poésies dans le i^enre du

IUU& simpiemeni, tel qu'il est, avec son amour pour la poésie moderne, les vieux auteurs français et les peintres t'-pris de la couleur (A mon ami Eugène de N''-j.

Avec Albertus (1832), légende « semi-diabolique, semi-fasliionable », il entre en plein dans le romantisme. C'est à la fois fantastique, macabre et légèrement impertinent. 11 y est question d'une vieille sorcière qui se change en belle jeune femme; d'un peintre, Albertus, attiré par elle à la faveur de ce déguisement; d'une nouvelle métamorphose de la aorcière qui reprend sa forme première et conduit au sabbat son amant, que l'on trouve mort le lendemain. Le sujet peut nous sembler absurde, mais le vers est solide, plein d'entrain et de jeunesse. Sans doute, il y a, et c'est un signe des temps, une grande exagération dans les sentiments et dans les images. La simplicité n'est pas le fait des héros romantiques; le blasphème se joint naturellement dans leur bouche à la déclamation. Voici une déclaration d'amour d'Albertus :

Un ange, ud' ^aint du ciel, pour être à cette place, Kussenl vendu leiti' Htalle au paradis de Dieu. » Oh ! dit-il, mon cœur brûle A celte étrange flamme Qui dans ton œil rayonne, et je vendrais mon ftme

De plus, sous prétexte de sincérité, l'écrivam va très loin dans des descriptions qui peuvent effaroucher le

CVsl ici (jue s'ari'i'le en son slyle pudique

'l'oul iuujj:!: d'i.'itilKirras, le iiarralcur clatisique...

Moi i[Ui iic ^uis pas prude, M '|iii n'ai ]ias di- (■,izi? '

Ni de reuill<' di- viKtie à rollur A la (.luiisi-,

Je ue paMserui riùii. Les dauit.'s <|iii liront

Cetlu liisloil-p niurali! auiuiil à<; ri"diii).'fiiivi

Pour qu''li|ui.'s chauds dùlails. Lfs [ilu-* >.il'i>s, jl* |i.>ii-ji>.

Lus yrMj'out sans rou|j:ir, •■> li.'s aulri'>: ciii-iiiiit.

b'aiik-ui's. — et j'en piTvinis l.'s mèl'i'» A- l'nnitilL'

Ce giie J'ùoi'iH n'est pas poiu' Ii'm putili's liili.'s

Uoiil on (viipe le pain «ii (avIiiioH. Mes vei's

SunI dvH vers de jeune liomnie el non un .cali':i'lii?tuiu.

Je ne les châtre pas; dans li'ui' déccul cjnisuio

J'ai tenu à citer ce passage pour donner une idi'e du ton et de la facture de Gautier à cette époque ; c'est le ton cavalier de Musset dont les vers ont eu cependant une plus brillante fortune. « Le détail, dit Sainte- Beuve, est d'un curieux et d'un fini achevés. » Le critique des Lundis ajoute même: «Je trouve (dans Aidin'lus) une suite de stances (de ">() ù r.8) qui me parais.sent, jusque dans leur ironie, trahir une sensibilité véritable ». Mais, pour des raisons sur lesquelles je m'expliquerai plus loin, t il s'en tint le plus habituellement à l'ironie et à l'art [>ur ». Faut-il voir dans ces a-uvres " un germe de corruption nV Toute cette dinbleric ' romantique me paraît être surtout un produit de

rait. la forme devient de plus en plus sculpturale ■ Lisez Téwln-s, Thct..û.h'. M,-l,m..-hoUa, Siohé, et tant ■J autres poèmes ignoKs ei qui sont eepenJant de purs L-lieiSHiœuvre. Il avait raison de dire dans Té>h-bres :

et d'avoir à son fi-ont « la cnuronne et IV^toile ., comme Prtraniue. ilont i! a si niairniliquenicnt cliantô h' Triomphe :

MiM

ils pas. ù bi.ii Flaiirois POrrartjUi',

macabre : Il y a dans Gautier un grec, iio païen qui a le citttc de la beauté ; il y a aussi un chrMion du moyeu Age qui a l'idée de l'inlini et. la terreur du néant et de la mort. Le poète se promène parmi les tombes et demande au\ morts leur secret. Faust lui dit :

l.<^ Sphinx int£iTOKii conlimii: à. si! lairt;.

Ilvtas! iVn miiH uneiirc -X peut-être <'t que tnin-jef

.1.. ii.> iT.»« [iliis ,\ ri.-ii.

U' iK-aul ! VoiJ)\ <ln '.' <|ii<.' l'on Ij'oiiv.' au ii'rnt>' !

Don Juan fait cette confession :

Cette. mélancolie, cette tristesse était-elle sincère? Faut-il y voir simplement le tour d'esprit romanti(iue de l'époque, ou faut-il prendre au .'sérieux le désendiantement qui se montre, par exemple, dans In

Th.-haUle:'

romantique qui pend encore à son pourpoint rose. Il reviendra, ou î) viendra à la nature, disons mieux à sa nature. Absolument maître de son art, il écrira Emaux et Camées (1852), qu'il a ciselés avec amour et qui renferment peut-être dans leur écrin les bijoux les plus rares de notre poésie. Ici mon embarras est grand, car je pourrais citer toutes les pièces du recueil. Contentonsnous de la conclusion donnée par le poète ;

Tout passe. — J.'art robuslB Seul a l'Élernité,

Le buKie Suivit à la cité.

n'avoir ni sensibilitr ni idi'es.

IJii considère en gt';npral, en effet, ses dernii'res poésies dans lesquelles, nous verrons pourquoi, il n'a pas cru devoir peindre ses sentiments personnels. Mais dans ses premières, que l'on néglige un peu trop, que de fois il fi'e^t montré à nous comme un vrai lyrique; que de fois il nous a paru ("■Ire le rival, pas toujours très inférieur, de Musset ! N'a-t-il pas souvent un accent triste et désenchanté qui a fait de lui, ;i certains moments, un pessimiste ? Mais, plus modeste que ses illustres rivaux, il n'a pas cru que ses propres sentiments pouvaient et devaient intéresser le monde ; que ^es émotions intimes valaient la peine d'être racont<';es au lecteur. Il s'est trompé peut-être : mais on voit que son erreur, si c'en est une, vient d'une idée fausse, et non d'une impuissance radicale- Sainte-Beuve pourrait bien avoir raison quand il disait de lui : « Il é]imuv(i dis S'-nliments qu'on lui refuse tro}i juirre fju'il »e (es a -pus Hid'-s. » Et ailleurs ; s La sensibilité se dérobe volontiers sous l'image on l'ironie. » Rt il ajoutait : t Cet air de parfaite insensibilité ne provient souvent que d'une pudeur extrême de la sensibilité la plus tendre, qui rougirait de se laisstir soupi;onner aux yeux dn monde et des indifférents. » Même dans li-n F.ni'nix ei. Cumres, qu'on relise ffs VieMx ''-> In vinlle, et l'on verra (|ue

reproche ti Hugo, et qu'il n'est peut-être pas si diflicile qu'on le dit d'avoir des idt'cs, surtout quand on lit iiutanl que le l'aisait Gautier. Ce qui est vrai, mais n'est pas la mi'me chose, c'est son inflilfrrenre, où il entrait un peu d'afTectation, pour les idées morales; sociales, économiques, philosophiques et politiques de ses 'contemporains. La pitfoe A un jeune tribun, est très caractéristique. Il immole tout, — même la politique à l'art et à la he.'iuti'-. II. o,se dire :

Ui'i' l'un ïijii, Ltalanl leur sainte niidiiô.

]fi-"Usei' en marbre un. v^ee de beaaW.

Ont fait plus à mon «en;*, pour le bunlieui' du mondu,

Que lou« eus vains travaux où vutre orgueil se fonde.

Est-ce là «ne raison pour déclarer qu'il manque totalement d'idées?

U a voulu, lui, « réaliser en vers un rêve de beauté», ce qui n'est pas commun, s Je suis très fort, disait-il : j'amùne cinq cents au dynamomètre, je fm's des nt<5tuphores qui se suivent, et je vois le monde matériel. » , Oui, il a vu le monde extérieur, il a voulu et il a su le peindre. Il a le don du pittoresque ; il a l'ait entrer les formes et les couleurs dans la littérature française ; il a

et toutes ses ressources. U est d'une correction abstilue et il attache un grand prix ii celte uorre-'tioM. Kien n'égale sa pn-cision et sa netteté, si ce n'est son pitton^sqiie et son coloi'is. Ses images sont parfois; exi-es- ;^ives au début, mais • ses métapliores se tiennent ». F'eii à peu il abandonne les exayé rat ions voulues de sa première manit-re. Sa poésie, apivs s'être rappi^ihée de la peinture romanlii|Me, rivalise avec la scnipture yrecque.

Mais n'a-t-i! pas trop sacrifié à la forme ? Et u'est-il pas le principal représentant de la théorie de « l'art jioitr Varl a ? Sans doute, pour lui, la '(uestion de forme devient la principale, parfois mémo l'uniipie préoccupation. En poésie, une œuvre imparfaite n'existe jias; ta valeur do l'œuvre est dans sa beauté. Le reste n'est rien. L'artiste ne doit pas mêler son moi à son oeuvre ; il doit s'en di'>tailior. De l.'i, une certaine impassibilité, qiiin'estpas deriiisensibililé, mais ipii peut r-tre confondue avec elle. Sa poé'sie a l'éclat, le brillant rt la soliditi'' du marbre ; elle en a aiissi]iar-

l'orme liait l'idée s (I)? Je ne sais. Mais il a souvent paru accepter ce principe, e Par elle-même, la littérature lui paraissait un art complet, émancipé de toute ingérence philosopliique, politique et sociale (2j. «

Il a pu avoir, comme homme, bien des opinions et bien des sentiments. Comme écrivain, il n'a eu foi qu'à l'art et à la beauté. Là-dessus, il avait des opinions très arrêtées, on peut même dire des principes. L"art lui semblait supérieur à la nature. Il ne fallait donc pas se contenter de copier la réalité, comme le font les réalistes et les naturalistes. 1,'artiste devait entreprendre de modifier la nature dans le sens de la beauté, Quoi- (jue ces idées ne soient pas généralement acceptées, je n'ui pas le courage de les reprocher à. Gautier. Il y a d;uis un siècle des milliers d'écrivains qui émettent des idées; il yen a si peuqui soient des artistes. Sans doute, Gautier allait un peu loin quand il disait: « J'ai toujours préféré la statue ;'i la femme et le marbre à la chair. « Semblable à son Tiburce dans la Toîsoii d'or,

u L« stylu vitiit (les il p. 183).' {£' Uu CiiLiip, op. c.

Que lui a-t-ii donc manqué pour être, je ne dis pas un grand écrivain, car il l'est, mais l'égal des plus grands? De compatir un peu à la faiblesse humaine ; de songer que la plupart des lecteurs sont peu sensibles à la pure beauté de la forme ; d'avoir un peu plus de foi dans les idées, de se méfier un peu moins de sa propre sensibilité et de ne pas dissimuler son émotion sous le masque de l'ironie ou sous la splendfur de l'image.

- [fnxliO, prix I 3 fr. 50 : reli*. 4 tr.

- Bii>cIli', prix; afr.&O: rclic,4rr.

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