J'AI CUEILLI CETTE FLEUR
J'ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline. Dans Tâpre escarpement qui sur le flot s'incline, Que l'aigle connaît seul et peut seul approcher, Paisible, elle croissait aux fentes du rocher. L'ombre baignait les flancs du morne promontoire; Je voyais, comme on dresse au lieu d'une victoire Un grand arc de triomphe éclatant et vermeil, A l'endroit où s'était englouti le soleil, La sombre nuit 1 bâtir un porche de nuées.
Des voiles s'enfuyaient, au loin diminuées ; Quelques toits s' éclairant, au fond d'un entonnoir» Semblaient craindre de luire et de se laisser voir. J'ai cueilli cette fleur pour toi, ma bien-aimée. Elle est pâle et n'a point de corolle embaumée, Sa racine n'a pris sur la crête des monts Que l'amère senteur des glauques goémons ;* Moi, j'ai dit , " Pauvre fleur, du haut de cette cime, Tu devais t'en aller dans cet immense abîme