‹ Les poètes français du XIXe siècle;Chapitre 129 sur 393 · LE BARDE RI- WALL · texte numérisé non relu

LE BARDE RI- WALL

Des temps qui ne sont plus écoutez une histoire. Les méchants ont parfois leur châtiment notoire : Tel le barde Rî-Wall. Depuis quinze'cents ans, Sa mort fait chaque hiver rire nos paysans, lorsque le vent du soir au dehors se déchaîne Et qu'au fond du foyer brille un grand feu de chêne.

Quand Rî-Wall le rimeur disparut tout à coup Dans la fosse où déjà s'était pris un vieux loup, Devant ces blanches dents, devant ces yeux de braise, Le barde au pied boiteux n'était guère à son aise.

tES POETES FRANÇAIS.

Tous deux se regardaient : ' " Hélas ! " pensait Rî-Wall, " Avec ce compagnon il doit m* arriver mal !

Et le mal, juste ciel, vient sur moi par votre ordre ! Oui, je serai mordu, moi toujours prêt à mordre :

" Que j'échappe,! et je prends la douceur des ramiers ! Sur les brillants balcons, sur les nobles cimiers, Je roucoule! et mes chants, lais, virelais, 2 ballades, Plus que tes vers mielleux, 6 Roz-Venn, seront fades. "3

Même ici son humeur maligne le poussait.

Mais le loup lentement, lentement avançait ;

Rî-Wall sentait déjà son haleine de flamme :

Et point d'arme, grands dieux ! un bâton, une lame ! —

Une arme qu'un nœud d'or suspendait à son cou, I^e barde l'entendit résonner tout à coup :

Iya harpe dont la voix peut adoucir les bêtes, Éteindre l'incendie et calmer les tempêtes !

Et du son le plus clair légèrement tiré, j

La harpe obéissante a doucement vibré, Et toujours murmuraient les notes argentines Comme au matin la brise entre les églantines ;

Et la bête, soumise au charme caressant, Recule, puis se couche et clôt ses yeux de sang ; Mais qu'un instant la harpe elle-même sommeille, ' I^a bête menaçante en sursaut se réveille.

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