PSYCHÉ
Le matin rougissant, dans sa fraîcheur première, Change les pleurs de l'aube 1 en gouttes de lumière, Et la forêt joyeuse, au bruit des flots chanteurs, Exhale, à son réveil, ses humides senteurs.
I,a terre est vierge encor, mais déjà dévoilée, Et sourit au soleil sous la brume envolée.
Entre les fleurs, Psyché, 2 dormant au bord de l'eau,
S'anime, ouvre les yeux à ce monde nouveau ;
Et, baigné 3 des vapeurs d'un sommeil qui s'achève,
Son regard luit pourtant comme après un doux rêve,
I^a terre avec amour porte la blonde enfant ;
Des rameaux, par la brise agités doucement,
I> murmure et l'odeur s'épanchent sur sa couche ;
I*e jour pose, en naissant, un rayon sur sa bouche.
D'une main supportant son corps demi-penché,
Rejetant de son front ses longs cheveux, Psyché
Écarte l'herbe haute et les fleurs autour d'elle,
Respire, et sent la vie, et voit la terre belle ;
Et, blanche, se dressant dans sa robe aux longs plis,
Hors du gazon touffu monte comme un grand lis. I>s arômes, les bruits et les clartés naissantes, I^es émanations de partout jaillissantes, Ont envahi son âme, ébranlée un moment ; Et devant la nature, elle hésite en l'aimant.