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■— • AKA1S SEGAtAS. 211
M La robe que j'avais dans la dernière fête " Est fraîche encor ; les nœuds rattachés sur ma tête " Ont gardé ces couleurs et ces reflets changeants " Dont j'admirais l'éclat dans une folle extase : " Et moi, je vivrai moins que ces tissus de gaze,
" Et ces légers rubans !
99 Comme une frêle plante, un souffle m'a brisée ! " Vous, mes sœurs, vous avez cette teinte rosée ' ' De jeunesse et de vie ; oh ! votre sort est beau ! " Moi, j'ai les yeux ternis ; je suis pâle, abattue. " On dirait, à me voir, une blanche statue
" Pour orner un tombeau.
99 On m'admirait pourtant ; moi, fantôme, ombre vaine, " La foule m' entourait comme une jeune reine. ' ' Mon pouvoir tout nouveau semblait encor bien long. 99 Quelques bijoux formaient ma parure suprême, " Et puis mes dix-huit ans, comme un beau diadème, " Rayonnaient sur mon front.
99 A vous encor, mes sœurs, cet avenir qui brille ; A vous tous ces plaisirs bruyants de jeune fille, Puis cet anneau d'hymen, ce mot dit en tremblant,
*' Et ces grains d'oranger,* couronne virginale.
" Moi, pour voile de noce et robe nuptiale,
M J'aurai mon linceul blanc,
\. GftAiNS p'oranoer, orange blossoiQS.
Lugubre vêtement jeté sous une pierre, Qui tient enseveli, dans une étroite bière, Bien des illusions, bien 1 du bonheur rêvé ; Qui tombe par lambeaux sous la terre jalouse, Et que les battements d'un cœur de jeune épouse " N'ont jamais soulevé !
Moi, dans un long cercueil étendue, insensible, Morte ? Quoi ! je mourrai ! Oh ! non, c'est impossible. Quand on a devant soi tout un large avenir, Quand les jours sont joyeux, quand la vie est légère, Quand on a dix-huit ans, n'est-ce pas, bonne mère, " On ne peut pas mourir?
Je veux jouir encor de toute la nature, De la fleur dans les prés, du ruisseau qui murmure, Du ciel bleu, de l'oiseau chantant sur l'arbre vert Je veux aimer la vie, et de toute mon âme, La voir dans le soleil briller en jets de flamme, " La respirer dans l'air... "
Le lendemain, la cloche appelait aux prières. Des cierges éclairaient de leurs pâles lumières La nef et l'autel saint. Quelques prêtres en deuil Disaient le chant des morts, et sous les voûtes sombres Des vierges à genoux, blanches comme des ombres,
Pleuraient près d'un cercueil.
L Bnir. . . . Bisir, many . . . . ranch.
ARSENE HOUSSAYE 213
ARSENE HOUSSAYE.
Arsène Houssaye naquit en 1815. Il est plus connu ccmme critique et comme romancier que comme poète. Il n'est pourtant pas permis de l'ignorer. Quand il a écrit, il a été lui-même, ses vers ne se rattachant à aucune école, il n'imite personne. Il a publié : "Les Sentiers Perdus " (1841), " Poésie dans les Bois " (1845) et " Symphonie de vingt ans ".