LES ÉLÉPHANTS
Le sable rouge est comme une mer sans limite,
Et qui flambe, muette, affaissée en son lit.
Une ondulation immobile remplit
L'horizon aux vapeurs de cuivre 1 où l'homme habite,
Nulle vie et nul bruit Tous les lions repus Dorment au fond de l'antre éloigné de cent lieues, Et la girafe boit dans les fontaines bleues, Là bas, sous les dattiers, des panthères connus.
\. L'horizon aux vapeurs de cuiVRE, the copper colored horizon.
Pas un oiseau ne passe en fouettant de son aile L'air épais où circule un immense soleil.
Parfois quelque boa, chauffé dans son sommeil, Fait onduler son dos dont l'écaillé étincelle.
Tel l'espace enflammé brûle sous les cieux clairs. Mais, tandis que tout dort aux mornes solitudes, Les éléphants rugueux, voyageurs lents et rudes, Vont au pays natal à travers les déserts.
D'un point de l'horizon, comme des masses brunes, Ils viennent, soulevant la poussière, et Ton voit, Pour ne point dévier du chemin le plus droit, Sous leur pied large et sûr crouler au loin les dunes. 1
Celui qui tient la tête est un vieux chef. Son corps Est gercé comme un tronc que le temps ronge et mine; Sa tête est comme un roc, et Tare de son échine Se voûte puissamment à «es moindres efforts.
Sans ralentir jamais et sons hâter sa marche Il guide au but certain ses compagnons poudreux ; Et, creusant par derrière un sillon sablonneux, Les pèlerins massifs suivent leur patriarche.
L'oreille en éventail, la trompe entre les dents. Ils cheminent, l'œil clos. Leur ventre bat et fume, Et leur sueur dans l'air embrasé monte en brume ; Et bourdonnent autour mille insectes ardents. 2
1. Dumk. sandy hllls to be found on the sea shore or in the deMrtt