C, BAUDELAIRE. 24I
Le poète est semblable au prince des nuées Qui liante la tempête et se rit de l'archer ; Exilé sur le sol, au milieu des huées.
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
ÉLÊ VA TION.
Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées, Des montagnes, des bois, des nuages, des mers, Par delà le soleil, par delà les éthers, Par delà les confins des sphères étoilées,
Mon esprit, tu te meus avec agilité, Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde, Tu sillonnes gaîment l'immensité profonde Avec une indicible et mâle volupté.
Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides Va te purifier dans l'air supérieur, Et bois, comme une pure et divine liqueur, Iye feu clair qui remplit les espaces limpides.
Derrière les ennuis et les vastes chagrins Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse, Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse S'élancer vers les champs lumineux et sereins !
242 tES PORTES FRANÇAIS.
Celui dont les pensers,* comme des alouettes, Vers les deux le matin prennent un libre essor, — Qui plane sur la vie et comprend sans effort Le langage des fleurs et des choses muettes !