‹ Les poètes français du XIXe siècle;Chapitre 212 sur 393 · LE TONNEAU DE LA HAINE · texte numérisé non relu

LE TONNEAU DE LA HAINE

La Haine est le tonneau des pâles Danaïdes ;*

La Vengeance éperdue aux bras rouges et forts

A beau précipiter dans ses ténèbres vides

De grands seaux pleins du sang et des larmes dfes

[morts.

Le Démon fait des trous secrets à ces abîmes,

Par où fuiraient mille ans de sueurs et d'efforts,

Quand même elle saurait ranimer ses victimes,

Et pour les ressaigner ressusciter leurs corps.

La Haine est un ivrogne au fond d'une taverne, Qui sent toujours la soif naître de la liqueur Et se multiplier comme l'hydre de Lerne.3

— Mais les buveurs heureux connaissent leur vain- Et la Haine est vouée à ce sort lamentable f queur, De ne pouvoir jamais s'endormir sous la table.

1. PBN8KR8, a poetical form of pensée, used in rerao to avoid the word belng scanned in three syllables.

2. Danaïdes, the fifty daughters of Danans. Having slaughtered thelr husbands, they were condemned to flll with water a bottomless barrel.

3 L'hydre de Lerne, a fabulous serpent with seven heads that grew again as soon as eut off U llved la a marsh near Learna, in Argolia, and was killed by Hercnlea.

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