LE PÈLERINAGE
Après vingt ans d'exil, de cet exil impie
Où 1 F oubli de nos cœurs enchaîne seul nos pas,
Où la fragilité de nos regrets s'expie,
Après vingt ans d'exil que je ne comptais pas,
J'ai revu la maison lointaine et bien-aimée Où je rêvais, enfant, de soleils sans déclin, Où je sentais mon âme à tous les maux fermée. Et dont, un jour de deuil, je sortis orphelin.
J'ai revu la maison et le doux coin de terre Où mon souvenir seul fait passer, sous mes yeux» Mon père souriant avec un front austère Et ma mère pensive avec un front joyeux.
Rien n'y semblait changé des choses bien connues Dont le charme autrefois bornait mon horizon :
1 Ou, in whlch
2&> XAS PORTES FRANÇAIS.
I*es arbres familiers, le long des avenues, Semaient leurs feuilles d'or sur le même gazon ;
Le berceau de bois mort qu'un chèvrefeuille enlace, Le banc de pierre aux coins par la mousse mordus, Ainsi qu'aux anciens jours tout était à sa place Et les hôtes anciens y semblaient attendus
Ma mère allait venir, entre ses mains lassées 1 Balançant une fleur sur l'or pâle du soir ; Au pied du vieux tilleul, gardien de ses pensées, Son Horace 2 à la main, mon père allait s'asseoir.
Tous deux me chercheraient des yeux dans les allées Où de mes premiers jeux la gaîté s'envola ; Tous deux m'appelleraient avec des voix troublées Et seraient malheureux ne me voyant pas là.
J'allais franchir le seuil : — C'est moi, c'est moi, mon Mais ces rires, ces voix je ne les connais pas. [père ) Pour tout ce qu'enfermait ce pauvre enclos de pierre, 8 J'étais un étranger I. . . . Je détournai mes pas. . • .
Mais, par-dessus le mur, une aubépine blanche Tendait jusqu'à mes mains son feuillage odorant Je compris sa pitié 1 J'en cueillis une branche, Et j'emportai la fleur solitaire en pleurant 1