LE POMMIER
Quand les récoltes sont rentrées Et que l'hiver est revenu, Des arbres, en files serrées, Se dénmlent sur le sol nu ;
Ils n'ont pas le port droit 1 des ormes, Ni des chênes les hauts cimiers ; 2 Ils sont trapus, noirs et difformes :
Pourtant qu'ils sont beaux mes pommiers !
Leurs rangs épais couvrent la plaine Et la vallée et les plateaux ; En droite ligne et d'une haleine Ils escaladent les coteaux ; Tout leur est bon, le pré, la lande; Mais s'il faut du sable aux palmiers, Il faut de la terre normande A la racine des pommiers !
Quand Mai sur leur tête arrondie
Pose une couronne de fleurs,
Les filles de la Normandie
N'ont pas de plus fraîches couleurs ;
Leurs floraisons roses et blanches
Sont la gloire de nos fermiers :
Heureux qui peut voir sous leurs branches
Crouler la neige des pommiers ! 3
Les matinales tourterelles Chantent dans leurs rameaux touffus, Et les geais y font des querelles Aux piverts logés dans leurs fûts ;*