ENFANCE ET VIEILLESSE
Tous les rires d'enfant ont les mêmes dents blanches ; Comme les rossignols dans les plus hautes branches,
I^es moineaux dans les trous du mur, Au rebord des longs toits comme les hirondelles, 1 I^eur céleste gaîté s'envole à tire d'ailes
Avec un son serein et pur.
Nul n'est favorisé dans l'immense partage :
Richesse et pauvreté n'y font pas davantage ; 2
I^e rire, ce grand niveleur, Sur tous les fronts répand la paix égalitaire, Et c'est comme un écho qui fait vibrer la terre v
Et viendrait d'un monde meilleur.
1. Hirondelles, the order is: comme les hirondelles au rebord des longs toits. X N'Y font pas davantage, do not matter. '"
326 I*ES POÎCTKS FRANÇAIS.
Innocence, clarté ! leur âme est une aurore Que la vie en passant n'a pas troublée encore
Dans sou épanouissement :
Et, doux chanteurs des nids plus étroits ou plus frêles, Les plus humbles, avec leurs petites voix grêles,
Ont le plus frais gazouillement
Ainsi plus tard, aux jours 1 que l'épreuve dévore, On trouve des vieillards dont la lèvre incolore
Recèle un sourire ingénu.
Leurs tranquilles regards sont remplis de lumière : On dirait un reflet de leur aube première,
Un rayon d'avril revenu !
On sent en leur parole une indulgence exquise, Et la suavité de la paix reconquise *
Ennoblit leur sainte candeur.
Enfant pur, aïeul blanc, devant eux on s'incline ; Qui les voit, fleur naïve ou tremblante ruine.
Révère la même splendeur.
Car la vieillesse touche au ciel comme l'enfance : L'une y retourne, et l'autre en vient. La morne offense
Des ans et du malheur s'enfuit 3 Le coucher du soleil à son lever ressemble, Et, diamants tous deux, souvent roulent ensemble
Les pleurs de l'aube et de la nuit