‹ Les poètes français du XIXe siècle;Chapitre 303 sur 393 · IMMORTALITÉ · texte numérisé non relu

IMMORTALITÉ

Le chêne dans sa chute écrase le roseau,

Le torrent dans sa course entraîne l'herbe folle ;

Le passé prend la vie, et le vent la parole,

La mort prend tout : l'espoir, et le nid et l'oiseau.

L'astre s'éteint, la voix expire sur les lèvres, Quelqu'un ou quelque chose à tout instant s'en va. Ce qui brûlait le cœur, ce que l'âme rêva, Tout s'efface : les pleurs, les sourires, les fièvres. 1

Et cependant l'amour triomphe de l'oubli ; La matière, que rien ne détruit, se transforme ; Le gland semé d'hier devient le chêne énorme, Un monde nouveau sort d'un monde enseveli.

Comme l'arbre, renaît le passé feuille à feuille, Comme l'oiseau, le cœur retrouve sa chanson ; L'âme a son rêve encore et le champ sa moisson, Car ce que l'homme perd, c'est Dieu qui le recueille.

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