‹ Les poètes français du XIXe siècle;Chapitre 305 sur 393 · LE SABOTIER · texte numérisé non relu

LE SABOTIER

(A Madame Agar.)

C'est moi qui suis le sabotier ;

Et le village tout entier,

— Homme, femme, enfant, — pêle-mêle

Chez moi vient doubler sa semelle

De bois de hêtre ou de noyer ; a

C'est moi qui suis le sabotier.

Je sais qu'il est des gens futiles, Et que les riches, dans les villes, Portent des chaussures de peau.

Ça n'est pas sain, ça n'est pas beau ;

1. La Sjlbotiir, the mtn who makei wooden fhoee. Xany Freneh peaeantastlQ wear w«oden f hoes wtaich are both warm and eheap.

S. VIIWT DOUBLER SA 8XMKLLB DI HKTBI OU VM BOYXR, Ut : MBM tO haYO thelr aolt

Uned'with beech or walnut wood, L e. to buy wooden ihoea,

J3Q WS POETES FRANÇAIS.

Puis, ça vous fait les pieds débiles, Mais il est des gens si futiles !

Soit. J'ai pour moi 1 les paysans, Gens qui marchent à pas pesants, Mais qui sont solides d'allure, Aimant ce qui résiste et dure Au moins pendant deux ou trois ans.

Oui, j'ai pour moi les paysans.

Dès que son marmot marche à terre, Je vois chez moi venir la mère :

" Il me faut des petits sabots ; " Je les veux fins, ornés et beaux,. .. ., " Autant que pour le fils du Maire !

" Car déjà mon gars marche à terre,"

Et c'est mignon, quand, tout le jour, Les petits sabots faits au tour Battent le plancher qui résonne ; Le garde-champêtre 2 en personne Sait moins bien jouer du tambour; Le joli refrain tout le jour !

Puis, à l'école il faut le mettre, Il a sept ans. — Oui, mais le maître Ne le recevrait point pieds nus ; Les parents chez moi revenus

»'. J'ai pour moi, 1 h ave on my aide.

2, LE gardb-CHAMFKTrb, the village policcman.

F. FABIÊ. 331

Commandent des sabots de hêtre :

C'est qu'à l'école il faut le mettre*

Ah ! nos fins sabots d'écolier !

Les ferait-on en peuplier,

Qu'ils ne rendraient pas plus ingambes :

Le cœur à cet âge est aux jambes,

Et l' idéal, 1 dans le hallier ;

Ah ! nos fins sabots d'écolier !

A quinze ans le garçon se loue ; Mais, contre la neige et la boue, Il faut, derrière les troupeaux, Quelques paires de bons sabots ; Oui, fermier, ne fais pas la moue, 2 Il faut que mon garçon se loue

Vingt ans ! Conscrit, sous les drapeaux !

Laisse là charrue et troupeaux, Change de costume et d'empeigne ; 8 Les godillots 4 où ton pied saigne Ne valent pas tes vieux sabots, Mais il faut suivre les drapeaux.

Page 1