LES BŒUFS
Pendant six mois d'hiver, les bœufs, dans les é tables, Contre les râteliers frottant les noirs naseaux, Ont poussé mille fois des appels lamentables Vers la prairie absente et vers les grandes eaux.
Et lorsque le bouvier leur donnait la pâture, — La pâture d'hiver, paille hachée et foin, — Ils tournaient leurs gros yeux affamés de verdure Vers la porte entr* ouverte, et soufflaient dans leur coin
Où. couchés deux à deux et tirant sur leurs chaînes, Se léchant tour à tour, ils regrettaient tout bas De ne pouvoir frotter leurs cols 1 au tronc des chênes, Ni se heurter le front dans d'éternels combats.
La nuit, ils entendaient la bise aux plaintes aigres Qui, s'engouffrant au fond du soupirail ouvert, Avec des sifflements jetait sur leurs flancs maigres De froids et blancs flocons, — ces mouches de l'hiver .2
Aussi, dès que 3 l'avril fait gazouiller la grive Et retentir les bois des appels du coucou, Dès que la sève monte aux saules de la rive, Les bœufs, sentant le sang qui leur gonfle le cou,