LES BOUQUETS DES PAUVRES
Les petites filles des rues Qui vivent en vendant des fleurs Me sont bien souvent apparues Comme un symbole de douleurs.
Dans leur pauvreté poétique, Ces messagères du printemps Drapent d'un haillon fantastique lueurs maigres membres grelottants.
Et leurs petites mains frileuses Composent pourtant des bouquets Dont se parent nos amoureuses Pour les bals légers et coquets.
Petites filles inquiètes
Qui mourez de faim et de froid
En vendant des fleurs pour nos fêtes,
N'êtes-vous pas mes sœurs à moi?
Pendant que j'écris pour ma dame
De fins sonnets capricieux,
Un autre possède son âme
Et baise en riant ses beaux yeux.
Mais elle, dure autant que belle, Lit mes sonnets et prend vos fleurs, Sans plus soupçonner que pour elle Nous avons tant versé de pleurs.
f»AÙt BOURGE*. $6$
Et que, durant les nuits sans lune Nous avons le désir souvent, D'aller noyer notre infortune Dans le fleuve immense et mouvant.
Ce qui n'empêche pas, pauvrettes, Qu'on nous verra demain matin En dépit des douleurs secrètes, .
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Et pour la foule ingrate et vile, Et pour la dame aux yeux pervers, Composer d'une main habile Vous vos bouquets, et moi mes vers.
(La Vie inquiète.)